Arrivé à Marseille en sauveur le 19 février dernier, Habib Beye se retrouve deux mois plus tard au cœur d’une polémique. Résultats insuffisants, vestiaire fracturé, direction sous pression : le tableau est loin d’être celui que Medhi Benatia avait imaginé. Retour sur les raisons d’un départ sous haute tension.
La promesse de Benatia
Quand le directeur du football de l’OM (Medhi Benatia) officialise la nomination de Beye en qualité d’entrâineur en remplacement de Roberto De Zerbi, le discours est ambitieux. Dans le communiqué officiel du club, Benatia déclare vouloir recruter « un technicien doté du leadership nécessaire pour prendre en main un groupe qui doit être remobilisé après une période sportive compliquée. » Trois objectifs sont posés sur la table : revenir aux victoires, viser le podium et décrocher la Coupe de France. Deux mois ont suffi pour mesurer l’écart entre l’ambition et la réalité.
Un bilan en demi-teinte
Sur le plan comptable, Habib Beye affiche en Ligue 1 quatre victoires pour autant de défaites en huit matchs disputés. Pas catastrophique en apparence, mais insuffisant pour un club de l’envergure de l’OM qui joue encore sa qualification pour la Ligue des Champions à quatre journées du terme. La Coupe de France, elle, est déjà oubliée : éliminé aux tirs au but par Toulouse à domicile, Beye a vu l’un des trois objectifs fixés par Benatia s’envoler rapidement. Ce qui rend la pilule encore plus amère : quelques semaines plus tôt avec Rennes, c’est déjà à ce même Vélodrome qu’il avait été sorti de la compétition, défait 3-0 par Marseille. Deux éliminations en Coupe de France, un seul et même théâtre.
Ce qui frappe surtout, c’est la tendance récente. Ce samedi 18 avril, l’OM s’est de nouveau incliné à Lorient (2-0), une première depuis onze ans pour le club phocéen et la troisième fois de la saison pour Beye face aux Merlus. Résultat : Marseille pointe à 52 points, un de moins que Rennes (53), l’ancien club de Beye. Un chiffre qui résume à lui seul le problème. Au moment où l’entraîneur sénégalais quittait la Bretagne en février, les Marseillais comptaient 40 points, soit neuf de plus que les Rennais (31). Aujourd’hui, la situation est inversée.
Le classement de @Ligue1 à l’issue de la 30e journée 📊
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Lyon provisoirement en Ligue des champions et Marseille en Conference League 😲 pic.twitter.com/KTcg6OltEW
L’ombre de Rennes
Ce parallèle avec Rennes revient sans cesse dans les discussions. Arrivé au Stade Rennais en janvier 2025 avec le club en zone de relégation (16e), Beye avait réussi à redresser la barre en terminant la saison à la 12e place. Mais la deuxième partie de son aventure bretonne a tout gâché. En 36 matchs toutes compétitions confondues, il affiche 16 victoires, 7 nuls et 12 défaites. Après une belle série entre novembre et début janvier, quatre défaites consécutives, des tensions dans le vestiaire, dont l’éviction publique du gardien Brice Samba avant le déplacement à Lens ont précipité sa chute le 9 février 2026.
Ce qui est difficile à digérer, c’est ce que Rennes est devenu sans lui. Sous la direction de Franck Haise, les Bretons ont inscrit 21 buts en sept rencontres, devenant la meilleure attaque de Ligue 1 sur la période. Un contraste saisissant qui interroge légitimement sur la capacité de Beye à libérer offensivement ses joueurs.
Vestiaire sous tension
Les signaux humains sont tout aussi préoccupants. Selon La Provence, une grande partie du vestiaire phocéen aurait développé une véritable défiance envers l’entraîneur. Ses méthodes de gestion du groupe seraient au cœur des tensions, plusieurs joueurs exprimant en interne leur incompréhension face à certaines décisions. Pas sans rappeler ce qu’on avait déjà observé en Bretagne.
Benatia, lui, a craqué après la défaite à Lorient. Face aux médias, le directeur du football lâche : « C’est un scandale. Combien sont rentrés dans le vestiaire et ont retourné la table ? Zéro, personne. Tu joues à l’OM, tu fais un match comme ça et tu l’acceptes ? » Des mots forts qui, paradoxalement, se retournent aussi contre lui : c’est lui qui avait misé sur Beye, neuf jours seulement après son licenciement de Rennes.
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Beye, de son côté, a lui aussi haussé le ton en conférence de presse : « À l’Olympique de Marseille, ce n’est pas acceptable. Je suis très en colère. Je ferai des choix en conséquence. » Les déclarations sont tranchées. Sur le terrain, la traduction se fait toujours attendre.
À quatre journées de la fin, la Ligue des Champions reste l’unique objectif pour sauver une saison qui vacille. Habib Beye a les mots pour convaincre. Il lui reste maintenant à trouver les résultats.