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On a vu pour vous … Suburra, la série de Netflix sur la mafia

Dans le sillage de Gomorra, Netflix s’offre une plongée dans la mafia romaine. Sur fond de corruption et de violence, Suburra suit le parcours initiatique de trois jeunes criminels.

C’est quoi, Suburra ? Sur le littoral romain, le projet de réhabilitation du port d’Ostie ne manque pas d’attiser la convoitise de la mafia. A sa tête, le boss Samurai joue les médiateurs et entend bien profiter de la situation en manipulant politiciens, entrepreneurs et autorités religieuses. Mais sur le déclin, le vieux parrain a du mal à gérer les conflits que génèrent les ambitions des différentes familles sensées obéir à son autorité. Trois jeunes malfrats, issus de milieux différents, décident alors de s’unir pour se faire une place au sommet de la pègre. Une entreprise dangereuse, qui va mettre à mal leur alliance improbable.

Placés dans la même phrase, les mots série et Italie évoquent immédiatement la mafia. Et pour cause : de Corleone (magnifique série sur le Parrain de Cosa Nostra, Toto Riina) à Romanzo Criminale en passant par Gomorra ou même 1992, nos voisins transalpins ne rechignent pas à exploiter le thème. Dernier exemple en date, Suburra se présente comme un prequel du film homonyme de Sergio Sollima sorti en 2015, lui-même tiré du roman de  Giancarlo De Cataldo. En s’appuyant notamment sur deux futurs héros du film, la série parvient à s’adresser autant à ceux qui n’ont pas vu l’œuvre cinématographique (ou lu le livre) qu’aux autres.


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Sur la côte romaine, le projet de réhabilitation du port d’Ostie suscite la convoitise des grandes familles mafieuses. En coulisses, le boss Samurai (Francesco Acquaroli) tire les ficelles : à coups de menaces, corruption et manipulation, il assoit son influence sur les décideurs politiques, les autorités, les investisseurs et les entrepreneurs. Mais l’appât du gain ne manque pas d’engendrer des rivalités entre clans et de mettre à mal l’autorité du vieux parrain. Poussés par leur ambition, leur désir de pouvoir et leur soif d’argent, trois petits délinquants décident alors de s’allier pour se faire une place dans le milieu de la pègre.

Suburra : non c’e piu’ niente di sacro

 

Suburra n’est pas sans rappeler Gomorra. On y retrouve la description du monde criminel, sombre et sans concession mais parfois outrancière,  et la construction centrée sur une poignée de personnages dont les histoires personnelles s’inscrivent dans une intrigue criminelle en toile de fond. Malheureusement dans Suburra, ces deux aspects sont mal équilibrés ; ils se juxtaposent au lieu de s’alimenter l’un l’autre et le parcours initiatique des trois jeunes héros s’avère rapidement beaucoup plus intéressant que l’intrigue mafieuse.

Reposant sur une construction redondante et vite factice, avec un flash-forward qui sert de point de départ à chaque épisode, le récit de fond reste confus. Laborieusement, il enchevêtre contexte politique abscons pour les non initiés (Magliana Banda et Roma Capital, entre autres), intrigues politiques, audit du Vatican, scènes de violence… Difficile à dénouer, le scénario s’éclaircit toutefois à mesure qu’il se focalise sur ses jeunes héros. D’abord individuellement puis ensemble, ils acquièrent une dimension qui permet au spectateur de s’accrocher à eux pour naviguer dans les eaux troubles de la criminalité.

Aureliano, Lele et Spadino : les affranchis

 

Ces trois personnages, finement construits et remarquablement interprétés, sont sans le moindre doute le point fort de la série. Si on les suit avec intérêt, c’est moins pour la manière dont ils tentent de se frayer un chemin au milieu de la pègre romaine que pour leur évolution. Aureliano (Alessandro Borghi), orphelin de mère et fils du boss de la famille la plus influente de la région, a toujours vécu une relation extrêmement conflictuelle avec son père ; Alberto « Spadino » (Giacomo Ferrara), petit frère du chef du clan des gitans, contraint d’épouser  la fille du boss d’une autre puissante famille, cache son homosexualité et son attirance pour Aureliano ; enfin, Gabriele « Lele » (Eduardo Valdarnini), étudiant à l’université et fils d’un policier, dissimule à son père son implication dans la sphère criminelle. Trois profils totalement différents, mais finalement convergents dans la manière dont chacun aspire à s’affranchir d’une forme d”autorité paternelle. Et c’est en se rebellant contre cet ordre établi qu’ils se révèlent progressivement en tant que criminels mais aussi en tant qu’hommes.

Derrière ce trio gravite une galerie de personnages plus ou moins réussis. Officiels, politiciens, prostituées ou religieux, certains idéalistes et d’autres corrompus, tous sont à la croisée des mondes politiques et mafieux. A l’exception de Samurai ou du politicien de gauche Amedeo Cinaglia, ces seconds rôles sont en général simplistes et sans grand intérêt (au hasard : Filippo Malgradi, politicien vaniteux et corrompu à la Berlusconi ou  Sara Monasci, terne auditrice des comptes du Vatican).

Reste un dernier personnage, et non des moindres : la ville de Rome, protagoniste à part entière, dans ses aspects les plus sombres. Dans l’Antiquité, Suburra était le nom du quartier pauvre et mal famé de Rome ; rien n’a changé depuis. Otage de la corruption, de la violence et de la perversion de ceux qui la dirigent en plein jour ou en sous-main, Rome est un monstre qui détruit ses propres enfants. Roma ti divora come un barracuda, comme le dit la magnifique chanson de Piotta qui conclut chaque épisode.

Entre thriller policier et série dramatique, Suburra navigue d’un registre à l’autre, avec un déséquilibre évident. L’intrigue de fond, centrée sur la mafia, reste trop confuse et inutilement complexe. Elle fonctionne néanmoins, avec coups de théâtre et scènes de violence marquantes. La série vaut surtout pour ses trois anti-héros, jeunes gens paumés qui cherchent leur voie et leur identité en tentant de s’imposer dans le milieu de la criminalité. En attendant la saison 2 (déjà commandée par Netflix), sachez que la saison 3 de Gomorra arrive sur les écrans dans quelques jours… Mais on dit ça comme ça.  

Suburra (Netflix)
10 épisodes de 50′ environ

About author

Traductrice et chroniqueuse, fille spirituelle de Tony Soprano et de Gemma Teller, Fanny Lombard Allegra a développé une addiction quasi-pathologique aux séries. Maîtrisant le maniement du glaive (grâce à Rome), capable de diagnostiquer un lupus (merci Dr House) et de combattre toutes les créatures surnaturelles (vive les frères Winchester), elle n'a toujours rien compris à la fin de Lost et souffre d'un syndrome de stress post-Breaking Bad
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