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On a vu pour vous… « Autofiction », le dernier film d’Almodóvar

Ce 20 mai sort en salle Autofiction, de son titre original Amarga Navidad. Nouveau film du célèbre réalisateur Pedro Almodóvar, il est présenté au Festival de Cannes, en compétition pour la Palme d’Or 2026. Œuvre qui porte bien son titre (en l’occurrence, sa traduction !), elle raconte l’histoire d’un cinéaste qui surmonte sa panne d’inspiration en s’inspirant de sa propre vie pour écrire son nouveau scénario.

Après des succès comme Tout sur ma mère (en espagnol : Todo sobre mi madre), La piel que habito ou encore Madres Paralelas, Pedro Almodóvar s’est imposé comme une figure incontournable du cinéma espagnol, mais aussi à l’international. Pour cette 79e édition du Festival de Cannes, le réalisateur nous propose de plonger plus profondément dans l’autobiographie, plus précisément dans l’autofiction. Axe majeur de sa filmographie, la question de la frontière entre réalité et fiction est renouvelée ici, à travers cette écriture de scénario dans un scénario… dans un film.

Une histoire en deux temps

Dans ce nouveau long métrage, Almodóvar propose une réflexion sur le temps qui passe, la création cinématographique, mais aussi des sujets comme l’amour, l’admiration, le deuil. Un montage hypnotisant qui ballotte le spectateur entre 2004 et 2025, un scénario psychédélique et une harmonie de couleurs, voilà le programme d’Autofiction. Si Pedro Almodóvar a déjà exploré le thème de l’autobiographie dans Volver en 2006, ou encore Douleur et Gloire en 2019, il l’aborde non plus sous la dénomination de semi-autobiographie, mais bien de l’autofiction. 

La première trame narrative est celle d’Elsa (Bárbara Lennie), ancienne cinéaste qui travaille aujourd’hui dans la réalisation de publicités. L’histoire d’Elsa se situe en 2004, lors de la fête de la Constitution espagnole. Pour reprendre les films, elle écrit un scénario inspiré de sa propre vie ainsi que de celle de ses proches.

En parallèle, mais cette fois-ci en 2025, on suit Raúl (Leonardo Sbaraglia), un réalisateur « culte ». On comprend vite qu’il fait face à une crise, une panne d’inspiration. Lorsque Mónica (Aitana Sánchez-Gijon), son assistante, lui annonce qu’elle va prendre quelque temps de congé pour soutenir sa petite amie Elena dans le deuil de son enfant, Raúl la soutient. Après cinq ans sans avoir réalisé de film, il a soudain envie d’écrire. Néanmoins, les choses deviennent délicates lorsqu’il met en scène un personnage dont l’histoire ressemble étrangement à celle d’Elena. L’utilisation d’éléments de la vie d’Elena crée la discorde entre Raúl et Mónica, qui se disputent. 

Côté « technique »

D’une durée de 1h51, le film adopte un rythme singulier. Le montage de Teresa Font alterne sans cesse entre la temporalité de Raúl en 2025 et celle d’Elsa en 2004. Si cette construction chorégraphiée de manière fluide et avec des personnages très distincts évite au spectateur de se perdre, elle installe un faux rythme volontaire.

On est épaté par le jeu d’acteur de Patrick Criado (La Casa de Papel) qui interprète Bonifacio, l’amant d’Elsa, personnage qui la chérit sans retrouver de réelle affection en retour. On adore évidemment retrouver Rossy de Palma (Femmes au bord de la crise de nerfs) dans le rôle de l’amie excentrique.

Côté musique, c’est le compositeur Alberto Iglesias qui signe la bande originale. Sa musique accompagne le film sans trop empiéter. On note le rôle décisif de La Llorona de la chanteuse Chavela Vargas, qui accompagne l’une des scènes les plus fortes en émotions du film selon nous. C’est presque comme si soudainement on ressentait les émotions des personnages avec eux, et un frisson nous parcourt alors que la musique remplit la salle et que les deux protagonistes ont les larmes aux yeux.

La place du cinéaste

Grâce au montage, aux voix off ou même aux sous-titres intégrés directement à l’image, on comprend assez rapidement qu’Elsa est un personnage du scénario qu’écrit Raúl. Plus que cela, elle est même une sorte d’alter ego, son double féminin. 

L’histoire d’Elsa soulève des questions sur la place même du cinéaste, sur le processus de création, sur ce qu’il doit créer aussi. Comment continuer à créer quand on a déjà été au sommet de sa carrière ? Comment se renouveler ? Quand on a l’impression d’avoir tout fait ? Ce sont les questions que pose ce film. Il y a un dialogue, qui peut nous sembler particulièrement ridicule, durant lequel l’infirmière qui prend en charge Elsa quand elle se rend aux urgences pour ses migraines la reconnaît, et lui demande ce que c’est qu’un « réalisateur culte ». En fait, au-delà du sourire qu’il provoque chez le spectateur (c’est un peu : réalisateur culte ? vous dirigez une secte ?) ce dialogue interroge sur l’idée même de « réalisateur culte », ce que ça veut dire, et ce que ça implique. Le temps qui passe, le fait de savoir que le meilleur de son travail est derrière soi, c’est ça que capture Almodóvar dans ce film.

Notre avis

Autofiction est un film d’une sincérité désarmante. Almodóvar ne cherche pas à séduire par des couleurs extravagantes ou un scénario loufoque. En se confrontant directement à l’expérience de l’écriture d’un (on pourrait même dire plusieurs !) film, il livre une œuvre de « post-maturité », de prise de conscience que le sommet est passé.

Malgré les récits enchâssés, le film est plutôt simple à comprendre. Le spectateur ne peine pas trop à remettre les personnages dans leur époque, à comprendre les liens entre eux. Même si, comme souvent chez Almodóvar, on ne nous explique pas tout, le film ne nous perd pas, et on passe un très bon moment.

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