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On a vu pour vous … Fellow Travelers, amour gay au temps du Maccarthysme

Fellow travelers retrace trente ans d’une histoire d’amour sulfureuse, notamment dans le contexte répressif de la politique américaine des années 1950.

C’est quoi, Fellow Travelers ? Dans les années 1950, le charismatique Hawk Fuller (Matt Bomer) mène une double vie : bureaucrate au congrès, il est homosexuel et enchaîne en secret les partenaires d’un soir. Lorsqu’il rencontre Tim Laughlin (Jonathan Bailey), c’est le coup de foudre. Mais tous les deux travaillent dans l’entourage du sénateur McCarthy (Chris Bauer), fer de lance d’une traque impitoyable contre les communistes et contre les homosexuels. Entre étreintes fiévreuses et secrètes, Hawk et Tim ne vont cesser de s’aimer et de se déchirer, de se quitter et de se retrouver pendant plus de trente ans, sur fond d’Histoire américaine et de bouleversements sociaux.

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Une histoire d’amour sur 30 ans

De la politique répressive menée par les États-Unis dans les années 1950, on connaît surtout  « La peur rouge », soit la traque des communistes présumés. Mais on ignore souvent l’existence de « la peur lavande », la commission McCarthy persécutant aussi les homosexuels, lesbiennes, transgenres et transsexuels. Basée sur le roman éponyme de Thomas Mallon, Fellow Travelers prend place dans ce contexte. La série, créée par Ron Nyswaner (scénariste du film Philadelphia), nous raconte une histoire d’amour gay sur plusieurs décennies, des années 1950 jusqu’au début des années 1990, lorsque le Sida est devenu un autre objet de persécution et de marginalisation. 

La série commence à la fin des années 1980. Hawk Fuller, marié et père de famille, fête sa sa nomination à un poste de diplomate en Italie lorsque vient le trouver une vieille connaissance, Marcus (Jelani Alladin), qui l’informe qu’un ami commun, Tim, est  gravement malade. De toute évidence, Hawk et Tim étaient proches à une époque mais ils ne se sont pas vus depuis longtemps ; Hawk prend toutefois la décision d’aller lui rendre visite à San Francisco, où il réside. A partir de là, la série voyage dans le passé, pour nous raconter leur histoire.

Une histoire américaine

1952, à Washington. Hawk est membre du Parti républicain et conseiller politique au Congrès. Cet homme aux allures de Don Draper de Mad Men est homosexuel : en secret, il enchaîne les rencontres d’un soir dans les bars gay clandestins et les toilettes publiques. Tim, jeune diplômé catholique également Républicain, vient d’arriver dans la capitale. Lorsqu’ils se rencontrent, l’attirance est immédiate. Tandis que Joseph McCarthy et Roy Cohn mènent la persécution contre les communistes potentiels mais aussi contre toute personne considérée comme « déviant sexuel », Hawk et Tim qui travaillent auprès de ces deux hommes succombent à la passion. Commence alors entre eux une relation enfiévrée mais pleine de culpabilité, de peur et de secrets. Dans des flash-back continus entrecoupés de scènes de la fin des années 1980, Fellow travelers s’attache à montrer l’évolution de cette relation sur plus de trente ans ; en arrière-plan, on suit plusieurs personnages secondaires, notamment Marcus et son amant Frankie (Noah J. Ricketts), deux homosexuels afro-américains et donc doublement discriminés. 

Marcus et Frankie, l’autre couple de Fellow Travelers

Une histoire sociale américaine

Les cinq premiers épisodes se déroulent dans les années 1950, les deux suivants dans les années 1960 / 1970 ; le dernier s’achève dans les années 1990. Un déséquilibre dans la chronologie qui accorde une place trop importante aux persécutions de la commission McCarthy au détriment du reste, notamment avec une fin un peu précipitée. Malgré tout, avec ses costumes, ses décors, sa sublime bande-son (dont le parfait The Great Pretender du grand Freddie Mercury), la patine donnée à l’image et la reconstitution des différentes époques, on se laisse emporter dans des décennies d’histoire sociale américaine. Du Maccarthysme à la tragédie du Sida sous l’administration Reagan, en passant par la guerre du Vietnam, l’émergence de l’amour libre, l’assassinat de Harvey Milk, les débuts du militantisme LGBT, c’est aussi l’évolution des mentalités – encore nécessaire aujourd’hui – qui se dessine progressivement.

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Également producteur exécutif de la série, Matt Bomer est phénoménal dans le rôle de Hawk. Navigant entre le cynisme, la délicatesse et la  froideur voire la cruauté de son personnage, il le rend à la fois détestable et touchant, crédible y compris dans son « humanisation » au fil des épisodes. A ses côtés, Jonathan Bailey (alias Anthony Bridgerton dans Les chroniques du même nom) n’est pas en reste et s’empare avec grâce de toutes les nuances de Tim, d’abord partisan de McCarthy puis militant pour les droits des LGBT, en porte-à-faux avec sa foi catholique,  partagé entre son amour pour Hawk et sa déception constante. Enfin, il faut citer Allison Williams qui joue l’épouse de Hawk : elle donne une épaisseur saisissante à cette femme enfermée dans les mensonges de l’homme qu’elle a épousé, puis partagée entre tristesse et colère lorsqu’elle découvre la vérité. 

Tim et Hawk, emportés dans un tourbillon d’amour, de sexe et de secrets

Une passion brute

Le couple formé par Tim et Hawk est en permanence au cœur du récit. C’est une passion brute au fil de décennies de répression ; un amour socialement impossible entre deux hommes obligés de vivre dans la clandestinité ; une romance empreinte d’émotion et d’un érotisme fiévreux. Car la série n’est pas avare en  scènes de sexe explicites et torrides qui, aussi charnelles soient-elles, ne sont pourtant jamais gratuites : on sent l’urgence de ces moments où Hawk et Tim ne font pas semblant, la seule manière dont ils peuvent vivre leur amour. Et de façon symptomatique, l’une des séquences les plus chaudes est moins érotique que bouleversante, lorsqu’elle révèle toutes les failles de l’un des personnages. C’est tout le paradoxe de cette série romantique et torride, belle et cruelle, toujours chargée d’humanité. 

Fellow Travelers est réservée à des yeux avertis et aux cœurs solides : c’est une série d’une force exceptionnelle, où on baise, on s’aime et on se déchire avec la même intensité. Elle nous emporte dans le maelstrom de cette relation troublée aux côtés de ces « compagnons de route » dans un voyage d’une trentaine d’années aussi torride et sensuel que tendre et bouleversant. Une grande série. 

Fellow Travelers
8 épisodes de 55′ environ.
Le 18 Janvier sur Canal+.

About author

Traductrice et chroniqueuse, fille spirituelle de Tony Soprano et de Gemma Teller, Fanny Lombard Allegra a développé une addiction quasi-pathologique aux séries. Maîtrisant le maniement du glaive (grâce à Rome), capable de diagnostiquer un lupus (merci Dr House) et de combattre toutes les créatures surnaturelles (vive les frères Winchester), elle n'a toujours rien compris à la fin de Lost et souffre d'un syndrome de stress post-Breaking Bad
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