Alors que les séries Ciné+ OCS tendent à raréfier, OGN débarque sur la chaîne dès le 3 novembre pour notre plus grand plaisir.
Quand une guerre menace d’éclater, ça ne sent jamais très bon pour les civils. Et quand dans ce même pays, deux ONG qui se détestent sont obligées de cohabiter, les choses se compliquent : Green Gorilla et Humanity vont se montrer capables du pire pour imposer leur vision du « bien ». Au milieu de ce chaos, Adèle, jeune volontouriste, se demande ce qu’elle fait là.

L’essentiel
Nous pointions du doigt il y a quelques semaines l’énorme besoin de séries venant de OCS ou Slash dans le cadre actuel d’une fiction française qui connaît des difficultés de financement. Ces séries représentent à la fois une opportunité de produire des séries différentes, originales et à moindre coût, on ne va pas s’en priver.
Comme Deadline il y a peu, ONG a été tournée à la fin 2024 et c’est quasiment deux ans plus tard qu’elle débarque chez nous, alors qu’on ne peut pas dire qu’il y ait embouteillages de productions OCS depuis 2 ans.
Dans cette comédie totalement en phase avec cet « esprit OCS », créée, co-écrite et réalisée par François Bierry, librement adaptée du livre « ONG » de Legor Gran publié aux éditions P.O.L., on renoue avec un humour potache, irrévérencieux et piquant comme le label en a le secret, le tout porté par un casting réussi Mathilde La Musse, Wim Willaert, Julie Ferrier, Vahina Giocante, Roxane Bret, Yoli Fuller. Mais que vaut ONG ?

On aime ?
ONG va loin, est pleine d’imperfections relatives à un premier projet, ne réussit pas toujours à aller où elle peut aller … mais elle va au bout de sa démarche, de se tromper mais d’essayer. Bref c’est tout ce qu’on attend d’une série issue d’un tel laboratoire et ça fait du bien ! Du bien de voir des auteurs qui se trompent en faisant mais qui assument ce qu’ils font ! Du bien de voir une équipe sortir des sentiers battus pour proposer autre chose, une série singulière qui ne réfléchit pas à ce qu’elle peut dire ou pire, ce qu’elle doit dire, mais qui a une ligne et s’y tient. Du bien de voir des séries permettre à de nouveaux visages d’émerger dans une fiction encore trop uniforme !
ONG nous surprend toujours car elle va là où l’attend pas. Et même quand on sent la vanne arriver, on est heureux de voir qu’on a osé la faire. Et on dit bien « oser » car la série est truffée de blagues et de choses que d’ordinaire on ne ferait pas et que François Bierry et son équipe assument de faire. Ils assument de de rire gravement sur des sujets sensibles et ça fait tellement de bien dans une fiction où l’humour n’est que trop souvent conventionnel. A l’image de cette scène où nos deux expatriées sont évacuées du camps et où un de leurs accompagnateurs connaît un funeste destin. C’est de l’humour grand guignol mais c’est tellement grinçant que ça en devient bon.

L’humanitaire à l’épreuve des faits
ONG, à l’image de son générique, s’amuse de la différence entre la mythologie que l’on raconte sur l’humanitaire et la différence du quotidien sur le terrain. Cela donne une galerie de personnages savoureux, jamais ni fondamentalement bons, ni totalement bons, mais juste humains. La transformation de l’héroïne que campe si bien Mathilde La Musse est saisissante de bout en bout et la comédienne s’en amuse avec une authenticité charmante. A ses côtés, la géniale Roxane Bret est presque un personnage de BD tant elle excelle dans ses excès, parfaite en influenceuse délurée, on l’adore.
ONG raconte en 10 épisodes la vie d’asso humanitaires dans un pays en guerre, avec la quotidienneté de ce qu’il convient de faire, y compris pour faire plaisir au public (« Quand il n’y a pas de gorille, on doit lui fournir un gorille« ), tout en brassant un fil rouge ténu à savoir la rencontre d’Adèle avec les grands singes qu’elle est venue chercher. Il y a dans cette série un peu de l’esprit d’un des grandes comédies des années 80 à savoir Les dieux sont tombés sur la tête, un film qui fait tellement de bien là aussi.
La série le fait à la fois avec la finesse qu’on espère et les maladresses ici ou là propres à ces projets. Mais on ne leur en veut pas de représenter encore un terrain de jeu expérimental formidable qui nous fait tant de bien.
