France

Résine de déchets de bois, pneus recyclés, étiquette A+ : petit décodage du rayon peinture

Repeindre sa chambre ou le mur d’une asso, c’est le premier chantier que presque tout le monde finit par faire. Et le moment où l’on se retrouve devant des pots à 15 euros et d’autres à 60, des étiquettes A+ et des logos verts dont personne ne sait ce qu’ils valent. On a tiré le fil d’un simple pot de blanc mat. Il mène à un décret de 2011, à une directive européenne qui s’applique dans deux semaines, et à un groupe né en 1748 qui fabrique encore à Dunkerque, au Mans et en Savoie.

Une peinture, c’est trois choses. Un liant, la résine qui forme le film en séchant. Des pigments et des charges, qui donnent la couleur et l’opacité. Un diluant, aujourd’hui presque toujours de l’eau plutôt que du solvant, ce qui a fait chuter les odeurs et les émissions par rapport aux glycéro d’il y a vingt ans. Le blanc, c’est du dioxyde de titane, un minéral coté comme une matière première : en août 2026, il tournait autour de 2,9 dollars le kilo en Europe, en baisse d’environ 7 %. Retenez ce chiffre, on y revient à la fin.

L’étiquette A+ n’est pas un logo marketing

C’est l’information la plus utile du rayon et presque personne ne la regarde. Depuis le 1er septembre 2013, tous les produits de construction et de décoration vendus en France doivent porter une étiquette indiquant leur niveau d’émissions en polluants volatils dans l’air intérieur, sur une échelle allant de C à A+, en application d’un décret de 2011. L’absence d’étiquette est une infraction. Ce classement ne se décrète pas en interne : il porte sur ce que le produit relâche dans l’air de la pièce où vous dormez.

Cromology : le groupe derrière les marques Tollens et Zolpan

Si vous achetez chez un professionnel, il y a de bonnes chances que le pot porte le nom de Tollens ou de Zolpan. Derrière les deux, un seul groupe : Cromology. La marque Tollens remonte à 1748, quand le Néerlandais Johannes Jodocus Tollens crée son entreprise. L’ensemble s’est appelé Materis Paints avant de devenir Cromology en 2015, puis a été racheté début 2022 par DuluxGroup, filiale du japonais Nippon Paint Holdings. Le groupe emploie environ 3 100 personnes dans sept pays, avec neuf sites de production.

C’est en France que se joue l’essentiel : 450 millions d’euros de chiffre d’affaires, plus de 300 points de vente et plus de 2 000 salariés, selon les chiffres communiqués par le groupe. Les usines sont là aussi. Dunkerque produit les peintures à l’eau, avec une capacité annoncée de 39 000 tonnes par an. Le Mans traite les phases solvant, autour de 15 000 tonnes. La Savoie est spécialisée dans les revêtements d’isolation thermique, et les investissements industriels récents ont porté sur les sites de Wormhout, dans le Nord, et de La Bridoire, en Savoie.

Depuis février 2025, les deux réseaux historiques, longtemps concurrents, ont été unifiés. Aujourd’hui, tous nos points de vente permettent d’accéder aux deux marques Tollens et Zolpan partout en France, explique Mickaël Hamot, directeur général de Cromology France. Le groupe indique aussi avoir fait passer sa satisfaction client d’environ 70 % à 93 % et ramené son turnover de près de 20 % à 13 %, des chiffres internes non audités par un tiers. Ils disent tout de même quelque chose du métier : quand le vendeur conseille un artisan qui reviendra chaque semaine, la relation compte autant que la formule.

Des pneus dans la peinture, et une résine faite de déchets de bois

Depuis mars 2026, une peinture murale d’intérieur de la marque Tollens, Maxiline+, intègre un liant acrylique fabriqué par BASF à partir de matières premières issues du recyclage chimique de pneus en fin de vie. Les pneus sont transformés par pyrolyse en huile, réinjectée en amont de la chaîne chimique selon une approche de bilan massique certifiée REDcert². Pour un pot de 10 litres, cela correspond à peu près à deux pneus usagés, à qualité et performances annoncées identiques.

En parallèle, la gamme Biome repose sur une résine biosourcée à 97 %, issue de la valorisation de déchets agricoles et sylvicoles français et européens, avec l’Ecolabel européen et une disponibilité sur environ 45 % du nuancier. Nous développons des peintures bas carbone, biosourcées et intégrant davantage de matières recyclées, résume Mickaël Hamot, qui présente l’économie circulaire comme un axe majeur d’innovation.

Les logos verts ont deux semaines pour se justifier

Ces précisions techniques ne relèvent pas du détail. Le 27 septembre 2026 entre en application la directive européenne dite EmpCo : les allégations générales du type vert, neutre en carbone ou biodégradable ne seront plus admises que si elles reposent sur des preuves reconnues et vérifiables. Les labels sans certification, la compensation d’émissions et même les visuels de prairies verdoyantes tombent dans le viseur. Une certification tierce ou une notation extra financière, comme la médaille d’or EcoVadis obtenue par Cromology en novembre 2024 avec 75 points sur 100, cesse d’être un argument de brochure pour devenir une pièce à conviction.

Pourquoi le prix monte quand le pigment baisse

Le marché, lui, ne grossit pas. En France, les peintures, lasures, enduits et vernis ont reculé de 1,8 % en valeur en 2025, à 2,816 milliards d’euros, pour des volumes quasi stables selon la fédération professionnelle Fipec : on vend presque autant de litres, mais moins cher. Derrière, le bâtiment a perdu 5 % en 2025 et l’entretien rénovation a reculé pour la première fois en cinq ans, d’après la Fédération française du bâtiment.

Souvenez-vous du dioxyde de titane en baisse. Au même moment, l’américain Sherwin-Williams appliquait au 1er septembre 2026 une hausse de 8 % dans son réseau de magasins professionnels. Le prix du pot ne suit donc pas mécaniquement celui de ses ingrédients.

Reste la conclusion vraiment utile, et elle est contre intuitive. Le vrai coût n’est pas le prix du litre, c’est le prix du mur fini. Une peinture plus chère qui couvre en deux couches au lieu de trois et supporte un coup d’éponge revient moins cher qu’un pot promotionnel qui fait perdre une journée. Pour un artisan, dont le temps est le premier poste de dépense dans un métier classé parmi les plus difficiles à recruter, c’est l’essentiel du calcul.

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