Second zoom sur le Festival D’Avignon

En 2003 le Festival D’Avignon avait été annulé. Cependant, l’année d’après, Hortense Archambault et Vincent Baudrier reprenaient sa direction pour une durée de dix ans. Ensemble ils ont décidé d’associer d’autres artistes à la programmation. Citons entre autres Thomas Ostermeier (2004), Wajdi Mouawad (2009), Stanislas Nordey (2013)… Par cette démarche ils ont donné à l’artiste une place centrale, une grande importance. Hortense Archambault et Vincent Baudrier ont continué de nourrir le Festival d’Avignon de théâtre, de concerts, d’expositions et de lectures, Avignon est devenu une « ville théâtre ». De plus ils ont inauguré La FabricA, un lieu de répétitions et de création du Festival d’Avignon. Cet espace tient lieu de salle de spectacle mais aussi de rendez-vous culturels où l’on peut (les jeunes plus particulièrement) se sensibiliser davantage aux métiers artistiques et à l’univers du spectacle vivant. La FabricA renforce également l’idée que le Festival d’Avignon est avant tout populaire. En effet, cette « fabrique de spectacles » possède les mêmes dimensions que la Cour d’Honneur ce qui permet aux artistes de travailler à la création de leurs spectacles tout au long de l’année. 

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Depuis 2014 c’est Oliver Py qui assure la direction du Festival d’Avignon, donnant ainsi « un souffle plus théâtral au festival »  (propos de Jean Autrand). En effet, Olivier Py baigne dans l’univers du théâtre : il est dramaturge, metteur en scène, comédien et réalisateur. Ce poète contemporain est donc le premier artiste qui succède à Jean Vilar. Amoureux incontesté des mots, il fait du Théâtre un lieu où le verbe se transforme en action et offre une importance considérable au dialogue, tant sur le plan poétique que sur le plan politique.

 

Photo d’Olivier Py prise par Fabrice Sabre le 7 Juillet 2018 au Cloître Saint-Louis

 

1. L’importance du collectif

En Avignon, durant toute la durée du Festival, la pensée circule. Sont mis en place de nombreux ateliers de la pensée, ouverts à tous, durant lesquels des débats, des questionnements politiques, économiques, artistiques, font l’objet de rencontres avec le public. Cela montre un intérêt tout particulier accordé à l’éducation et la culture. En effet, Olivier Py avait exprimé dans la préface du programme du Festival sa conviction que l’éducation et la culture sont les seules « alternatives » face au désespoir et à la solitude liées à une puissance économique trop envahissante.

Le théâtre réunit l’ensemble des singularités aussi bien dans le public que sur scène. Il y a collectif lorsque celles-ci s’harmonisent, résonnent ensemble. Et si ce collectif a de l’importance c’est d’abord parce qu’il redonne de l’espoir à ceux qui n’en ont plus. A ceux qui ne croient plus en la démocratie. A ceux qui peut-être par trop de lucidité désespèrent d’un monde où les puissances économiques, écrasantes, gouvernent. Mais non, l’enrichissement, la consommation, les possessions ne sont pas des nécessités. Oui, nous devons garder la foi en la démocratie et l’espoir d’un mieux vivre ensemble. Nous pouvons désirer autre chose que du matériel et voir en la transcendance de l’art un infini de possibles.

 

2. Un théâtre populaire

Comme Jean Vilar le souhaitait, Avignon devait être la ville d’un théâtre populaire : ouvert à tous et s’adressant à tous. Olivier Py dirige le Festival en gardant cette même volonté. Le Théâtre doit être un reflet du monde. Il doit s’adresser à toutes les singularités car « la solitude est peut-être le contraire de la politique » et le collectif ne peut exister que grâce à un ensemble d’individus singuliers choisissant de former un tout (conférence de presse du 72e Festival D’Avignon). Il doit également s’adresser à la jeunesse, c’est pourquoi de nombreux événements sont organisés en l’honneur des enfants. On observe cette année dans la programmation du Festival une volonté de dire les choses même si elles sont horribles. Même si elles font peur et qu’on ne veut pas les entendre.

Le théâtre donne toute son importance aux mots. Mais sur la scène comme dans la vie, le verbe seul ne se suffit pas. C’est l’action qu’il entraine qui est porteuse de sens et ouvre vers un changement. Olivier Py a l’espoir d’un changement d’ordre politique. Un changement où l’humain et le collectif prôneraient sur les nécessités économiques et les rouages d’un monde financier trop imposant. Et si la volonté d’un changement de cet ordre et les actions nécessaires pour y parvenir doivent naître dans la pensée collective d’aujourd’hui, ce n’est pas pour notre victoire qu’il faudra se battre mais pour celle des générations futures.

 

3. Le théâtre comme reflet du monde

L’ensemble des pièces de cette 72e programmation montre le naufrage de notre époque, la croissance écrasante d’un système économique qui prive le politique de sa part de social et banalise l’enrichissement des plus forts au détriment des plus faibles. Il faudra voir en face la violence et les cruautés de cette réalité contemporaine. Toutefois, la porte demeure ouverte au dialogue. D’une part parce que c’est en circulant que la pensée existe et tisse un lien entre les singularités. D’autre part parce que c’est grâce au collectif que nous pourrons assurer un changement. Enfin, parce que le théâtre à Avignon est avant tout un théâtre populaire.

L’affiche du 72e Festival D’Avignon, créée par Claire Tabouret