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Témoignage: Le combat d’un accidenté de la trottinette électrique

Tout le monde en parle, héroïne d’une mobilité “propre” et “douce” pour les uns, fléau du moment pour les autres, la trottinette électrique ne laisse personne indifférent. Encore moins ceux qui en sont victimes, conducteurs ou piétons, accidentés par ces bolides dont la vitesse peut atteindre 25 km/h. Afin d’éclairer sur les risques de la trottinette électrique, j’ai décidé d’écrire ces lignes sur mon accident de trottinette électrique pour témoigner du quotidien d’un accidenté dans l’après-accident. Conscient qu’il y a sans doute plus grave dans la vie que cet accident mais refusant l’idée d’un concours ou d’une hiérarchisation de la douleur, ces lignes s’offrent à celles et ceux qui pensent que ça n’arrive pas qu’aux autres.

Le point de départ : l’accident en trottinette

Un dimanche agréable de fin d’avril avec quelques rayons de soleil sur la région parisienne, je décide dans l’après-midi d’enfourcher ma trottinette électrique, un modèle personnel vendu dans le commerce, rétractable et assez simple d’utilisation. J’en avais déjà pratique à de multiples reprises auparavant, connaissant les points d’attentions à garder à l’esprit pour éviter les accidents. C’est en tout cas ce que je pensais enfourchant donc ma trottinette et commençant à remonter ma rue. Mais mon élan va s’arrêter net. A peine 100 mètres parcourus que le guidon de la trottinette se rétracte, me laissant à une vingtaine de km/h les mains dans le vide, je m’écroule en pleine rue sur ma cheville droite qui instantanément craque. Un bruit sourd, comme un bruitage au cinéma, je suis allongé en plein sur la route, ma vue est troublée, je mets quelques secondes à retrouver mes esprits et je sens la douleur dans ma cheville. Impossible à bouger, je me traîne vers le trottoir pour éviter d’être percuté par une voiture. Des passants viennent à mon secours. Très vite, les pompiers arrivent pour m’évacuer, impossible de mettre le pied par terre ni de marcher. Le camion de pompier s’en va sirènes hurlantes vers l’hôpital. On me donne un tranquillisant pour la douleur, mais personne n’est capable de me dire ce que j’ai. “On vous emmène à l’hôpital pour faire des radios, on en saura plus à ce moment” me répond le médecin dans le camion.

Une dizaine de minute plus tard, le brancard descend du camion et on me positionne dans le couloir des urgences de l’hôpital. “On va s’occuper de vous” me dit une secrétaire de l’accueil me demandant des renseignements administratifs. Après un passage express auprès d’infirmières mesurant “les constantes vitales” (tension, rythme cardiaque…), on me remet dans le couloir pour la radio. Une bonne heure d’attente s’en suit avant de rencontrer un interne qui me lâche un verdict, fracture de la malléole interne. Il me conçoit un plâtre qui s’avèrera être positionné dans le mauvais sens par la suite, et me donne des consignes pour la suite. “Vous devez consulter un chirurgien pour l’opération afin de remettre en place le tout”. En attendant, vous devez vous faire des piqures tous les jours d’un anticoagulant afin d’éviter une phlébite (un caillot de sang qui peut dégénérer en embolie pulmonaire).

Le plâtre en résine pour garantir l’immobilisation.

L’opération et l’attente des jours qui passent

Dès la sortie de l’hôpital, le quotidien se transforme. Les gestes les plus anodins deviennent douloureux ou impossibles. Je dois appréhender les béquilles et l’équilibre précaire sur un pied, tout le temps. Une rue en pente, un trottoir, un escalier, tout devient plus dur, plus risqué, avec l’appréhension de tomber et d’empirer la fracture. La visite chez le chirurgien se profile. La radio laisse peut d’espoir, il faut opérer me dit-il. Une phrase qui fait comme si on prenait une droite en pleine figure. J’encaisse la sanction sans pouvoir dire le moindre mot. Il y a deux méthodes, soit on ouvre et je met une plaque avec deux vis, soit on fait une réduction orthopédique, on vous anesthésie et on fait des manipulations sur le pied pour réduire la fracture. J’opte pour cette seconde option sans trop d’hésitation, me disant que quitte à passer sur la table, autant ne pas être ouvert avec les risques que cela peut engendrer. La veille de l’opération, impossible de dormir, on vous demande de prendre une douche à la bétadine, un antiseptique puissant de couleur orangé. On vous positionne dans une chambre en attendant votre tour pour le bloc. Une infirmière arrive avec une scie à plâtre, la vision d’un tel instrument de torture qui s’enfonce dans la jambe fait plus de peur que de mal heureusement mais le tempo est donné. Un infirmier arrive avec le brancard et c’est parti pour l’arrivée en salle de reveil, un endroit hors du commun où sont positionnés les patients en attente de rentrer dans le bloc et ceux qui viennent d’en sortir encore endormi. L’anesthésiste arrive et essaye de poser le cathéter pour la perfusion. Après 3 essais pour trouver une veine suffisamment forte, on me conduit dans le bloc. Après quelques mots du chirurgien, l’anesthésiste me demande de compter jusqu’à dix en respirant dans le masque. J’arrive sans soucis à dix et il me dit que la perfusion n’a pas pris. Rebelote pour un nouvel essai, cette fois-ci réussi. Je me réveille une heure plus tard dans la fameuse salle de réveil, l’opération s’est bien passé m’explique t-on. Mais ce n’est que la fin du commencement puisque maintenant 6 semaines d’immobilisation avec le plâtre s’annoncent.

Une seringue d’anticoagulant à s’autoadministrer chaque jour à heure fixe.

Des semaines qui sont interminables, chaque jour qui passe ressemblant au précédent, rythmé par la piqure d’anticoagulant et la prise de sang du vendredi pour vérifier la bonne coagulation. Tout vient à manquer, la mobilité bien sûr, les amis dont l’importance est vitale pour tenir le coup moralement, voir même le travail, il est difficile de donner un sens à sa journée quand le seul but qu’on a est d’arriver au plus vite à la consolidation. Je manie les béquilles avec aisance au fil des semaines qui passent. Je consulte sur internet les témoignages d’autres fracturés pour voir ce que donne l’après, personne ne s’engage à dire quoi que ce soit sur la guérison. Je regarde sur les chaines d’infos en continue les polémiques qui enflent sur les trottinettes électriques dans Paris en me disant que beaucoup n’ont pas conscience des risques pour eux et pour les autres d’utiliser ces bolides, sans casque, sans autre formalité qu’un QR code scanné par son smartphone pour déverrouiller la machine.

L’ablation du plâtre et la rééducation

Six semaines après l’opération, le 13 juin, le jour est venu pour une ablation du plâtre. Un terme barbare pour parler du retrait du plâtre avec la fameuse scie circulaire. C’est une libération à demi-teinte, car même si je peux maintenant revoir mon pied et ma cheville, leur état n’est pas à la fête. Le pied est dur comme du bois et impossible de poser le pied par terre pour le moment. Seule consolation, plus de piqures, plus de prise de sang. La réeducation commence avec le kiné, 15 séances à programmer pour retrouver les mouvements et la mobilité. Il regarde les radios, dubitatif, il va y avoir du travail avant de pouvoir remarcher…

A suivre…

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Directeur de la rédaction VL Media
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