Avec « L’Or bleu », la chaîne publique dépoussière les codes de la saga familiale pour les confronter à une réalité brûlante : la guerre de l’eau. Entre secrets de famille enfouis et thriller écologique, plongée au cœur d’une production ambitieuse qui redonne ses lettres de noblesse au feuilleton de prestige.
C’est un retour aux sources qui fleure bon le romarin et le sang. Mais ne vous y trompez pas, sous le soleil de plomb du Luberon, les enjeux ne sont plus seulement de savoir qui héritera du domaine viticole. Dans L’Or bleu, la nouvelle série de 8 épisodes diffusée à partir du 20 mai sur France 2, la véritable monnaie d’échange est devenue liquide. L’eau, cette ressource que l’on croyait inépuisable, est le moteur d’une intrigue où les rancœurs du passé percutent les angoisses du présent.
FESTIVAL CANNESERIES 2026

Un squelette dans le placard provençal
L’histoire démarre par un choc. Été 2026 : alors que la Provence suffoque sous une sécheresse historique, un effondrement de terrain révèle un secret macabre. Flore Ravanel (interprétée par une Barbara Probst incandescente), garde forestière engagée, découvre les ossements de sa propre mère, Alice. Le monde de Flore s’écroule : son père, Franck (le toujours impeccable Éric Caravaca), lui avait affirmé durant trente-cinq ans que sa mère les avait abandonnés pour refaire sa vie à l’étranger.
L’enquête, menée par le capitaine Yacine Najar (Samir Boitard), bascule immédiatement vers l’homicide. Pourquoi Alice a-t-elle été assassinée en 1986 ? Et quel lien cet acte barbare entretient-il avec le contrôle des sources d’eau du village ? La série nous embarque alors dans un récit choral, voyageant entre trois époques : les années 40, marquées par les prémices d’un pacte secret ; les années 80, temps de l’insouciance et du drame ; et 2026, où la vérité doit enfin jaillir avant que la terre ne s’embrase.
L’héritage de « Dolmen » sous un nouveau jour
Il n’est pas étonnant de retrouver Marie-Anne Le Pezennec à la création de ce projet. La scénariste, à qui l’on doit le mythique Dolmen, prouve ici qu’elle n’a rien perdu de son talent pour tisser des mystères addictifs. Cependant, avec la complicité de Ludovic Lacroix et la réalisation léchée d’Hippolyte Dard, elle injecte une dimension sociale et environnementale qui manquait aux sagas d’antan (même si le côté patrimonial était bien présent dans une série comme Le château des oliviers).
Ici, le décor n’est pas qu’une carte postale. La Provence de L’Or bleu est une terre de contrastes. On y sent la poussière, la chaleur étouffante et la tension qui monte entre les agriculteurs assoiffés et les promoteurs sans scrupules. Le titre lui-même est un manifeste : l’eau est devenue le nouvel or, une source de convoitise qui pousse les hommes à la folie.

Un casting entre valeurs sûres et révélations
La force de la série réside également dans son équilibre devant la caméra. Face au duo central Probst-Krey magnétiques et sublimes héroïnes estivales, on retrouve des visages familiers qui apportent une profondeur immédiate au récit. Tom Leeb incarne un Tristan Pageon ambigu, tandis que les vétérans Bernard Verley et Sylvie Granotier campent les gardiens d’une mémoire familiale défaillante (les plus amateurs du genre auront reconnu en Bernard Verley la figure méchante d’une grande saga, Le bleu de l’océan).
Mention spéciale à la structure narrative qui parvient à ne jamais perdre le spectateur malgré les sauts temporels. Chaque époque possède sa propre colorimétrie, son propre rythme. Les scènes de 1986, notamment le mariage d’Alice et Franck, sont filmées avec une nostalgie vibrante qui rend la tragédie finale d’autant plus poignante.
La production, portée par Authentic Prod, a bénéficié de moyens conséquents, et cela se voit à l’écran. Des scènes d’action aux moments d’intimité plus fragiles, L’Or bleu évite les écueils du mélodrame facile pour proposer une fiction solide, ancrée dans les préoccupations de son temps. A noter aussi la sublime partition de Frédéric Aboulker et Pascal Stive qui signent un thème entre mélancolie et romance.
Plus qu’un divertissement, « un miroir de l’eau »
En choisissant de situer l’action dans un futur immédiat (2026), France Télévisions prend un pari narratif intéressant. La série ne se contente pas d’être un « whodunnit » (qui a fait le coup ?) classique. Elle interroge notre rapport à la terre, à la transmission et à la culpabilité collective. Comment une petite communauté peut-elle survivre quand ses fondations reposent sur un mensonge vieux de plusieurs générations ?
Fiche Technique :
- Titre : L’Or bleu
- Format : 8 x 52 minutes
- Diffusion : Mercredi 20 mai à 21h10 sur France 2 mais déjà sur France.TV
- Ecriture : Marie-Anne Le Pezennec et Ludovic Lacroix
- Réalisation: Hippolyte Dard
- Casting : Barbara Probst, Samir Boitard, Éric Caravaca, Tom Leeb, Déborah Krey.