Derrière ce nom se cache l’une des organisations criminelles les plus puissantes et les plus redoutables d’Europe. Le gang de « La Brise de Mer » a fait trembler la France et la Corse pendant près de trente ans. Des braquages spectaculaires aux années de plomb, ce clan de Haute-Corse a marqué l’histoire du grand banditisme par son incroyable intelligence financière et sa violence froide. D’où vient ce nom ? Comment cette équipe de braqueurs a-t-elle pris le contrôle de l’île ? Voici l’histoire d’un empire mafieux né sur le vieux port de Bastia.
Des jeunes Corse au « casse du siècle »
Le nom du gang provient du bar « La Brise de Mer », un petit établissement situé sur le port de Bastia. C’est ici qu’une dizaine de jeunes hommes, âgés de 20 à 30 ans, se réunissent chaque jour. Parmi eux, on trouve des figures comme Richard Casanova, Francis Mariani ou les frères Guazzelli. Ces garçons ne sont pas nés dans la grande misère, mais ils partagent l’ambition de s’enrichir très vite. Ils commencent par le vol de voitures et les cambriolages, avant de passer rapidement à la vitesse supérieure.
Leur spécialité devient le braquage de banques de grande envergure. En avril 1982, ils signent leur premier coup d’éclat en vidant les coffres du Crédit Lyonnais de Bastia pour un butin de 30 million de francs. Mais leur chef-d’œuvre criminel a lieu en Suisse, le 25 mars 1990. Ce jour-là, le gang s’infiltre dans l’ambiance calfeutrée de la banque UBS à Genève. Sans tirer un seul coup de feu, ils repartent avec l’équivalent de 125 millions de francs. La presse internationale qualifie l’opération de « casse du siècle ».
L’infiltration massive de l’économie légale
Ce qui distingue « La Brise de Mer » des voyous traditionnels, c’est leur génie du recyclage de l’argent sale. Contrairement à la French Connection marseillaise, portée sur la drogue, le gang bastiais préfère investir ses millions dans l’économie réelle. Grâce à des circuits financiers complexes passant par la Suisse et l’Asie, l’argent des braquages est réinjecté en Corse dans des affaires parfaitement légales.
Le clan achète des hôtels, des boîtes de nuit, des restaurants de plage et des entreprises de travaux publics. Il prend également le contrôle des cercles de jeux parisiens et installe des centaines de machines à sous clandestines dans les bars de l’île. Très vite, la Brise de Mer infiltre les rouages politiques et économiques de la Haute-Corse. Le gang impose une omerta totale, la loi du silence. Quiconque tente de s’opposer à leur emprise ou de témoigner contre eux est éliminé ou menacé de mort, y compris les forces de l’ordre.
Une fin sanglante dictée par la guerre des chefs
Pendant vingt ans, le système fonctionne à la perfection. La justice peine à condamner les cerveaux de l’organisation, qui bénéficient de complicités locales et de faux alibis en béton. Mais au milieu des années 2000, la belle mécanique s’enraye. L’empire de la Brise de Mer ne va pas s’effondrer sous les assauts de la police, mais à cause d’une guerre fratricide d’une violence inouïe.
Des rivalités financières et des conflits d’ego éclatent entre les deux figures historiques, Richard Casanova et Francis Mariani. Les anciens amis d’enfance se soupçonnent de trahison. Le 23 avril 2008, Richard Casanova est abattu au fusil de précision à Porto-Vecchio. Cet assassinat déclenche une vendetta sanglante au cœur même du clan. En quelques années, une vingtaine de membres et d’héritiers de la Brise de Mer sont exécutés dans des guet-apens. Francis Mariani meurt à son tour en 2009 dans l’explosion suspecte d’un hangar. Le gang s’est autodétruit dans le sang, laissant derrière lui le souvenir d’une mafia corse qui aura régné sans partage.