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Dates in Time: Afro-américains (3/3)

Nous arrivons à notre 3e et dernier Dates in Time sur l’histoire des Afro-américains. Nous avions précédemment traité de l’esclavage et de la période de la ségrégation, et nous avions vu qu’après la Seconde Guerre mondiale, où les Etats-unis se sont présentés comme les défenseurs de la liberté et de la démocratie, le racisme et les humiliations ne pouvaient plus garder leur dimension légale. Les années 50 et 60 ont été marquées par des mouvements et des événements mettant à mal le paradoxe de la ségrégation. Si au cours des années 60 les Afro-américains obtiennent enfin les mêmes droits que les Blancs, toutes les mentalités n’ont pas évolué et les tensions raciales restent vives.

1951
Une élèves afro-américaine nommée Linda Brown se voit refuser l’accès à l’école la plus proche de chez elle en raison de sa couleur de peau. Il lui faudrait s’inscrire dans une école bien plus éloignée mais qui tolère les Noirs. Ses parents, et ceux de nombreux autres enfants noirs dans la même situation, décident de porter plainte contre la ségrégation à l’école. La NAACP qui s’occupe de promouvoir les droits des Afro-américains se charge de porter le mouvement contestataire au plus haut niveau des instances judiciaires des États-Unis. La NAACP obtient gain de cause en 1954 : la Cour Suprême des États-Unis rend inconstitutionnelle la ségrégation à l’école par l arrêté « Brown v. Board of Education » en référence à Linda Brown. Cette décision se heurte à des résistance, le Président Eisenhower doit envoyer l’armée fédérale pour la faire appliquer dans les états récalcitrants. C’est la première atteinte portée à la ségrégation. La décision de la Cour Suprême montre que la ségrégation n’est plus intouchable et cela encourage les activistes pour les droits civiques des Afro-américains à agir.

1957 , Arkansas. Elizabeth Eckford, étudiante afro-américaine est escortée par l’armée fédérale (on aperçoit un soldat au fond) pour aller à l’école. 3 ans après la décision abolissant la ségrégation à l’école, l’Arkansas continuait à pratiquer cette pratique. La jeune femme blanche derrière Elizabeth est en train de hurler des propos racistes. Plusieurs décennies plus tard, les deux femmes se sont retrouvées pour se réconcilier.

1957 , Arkansas. Elizabeth Eckford, étudiante afro-américaine est escortée par l’armée fédérale (on aperçoit un soldat au fond) pour aller à l’école. 3 ans après la décision abolissant la ségrégation à l’école, l’Arkansas continuait à pratiquer cette pratique. La jeune femme blanche derrière Elizabeth est en train de hurler des propos racistes. Plusieurs décennies plus tard, les deux femmes se sont retrouvées pour se réconcilier.

1955-1956 : le boycott des bus de Montgomery, Alabama
La ségrégation existe aussi dans les transports en commun : les Afro-américains doivent s’installer au fond des bus pour laisser aux Blancs les places de devant (dire que nous on se battait pour aller au fond quand on était gamins !). Le 1er décembre 1955, une Afro-américaine nommée Rosa Parks ose s’installer sur un siège à l’avant et refuse de céder sa place à un homme blanc malgré les ordres du conducteur. En conséquence, elle est arrêtée, jugée et condamnée pour désordre public et violation des lois ségrégationnistes de l’Alabama. La communauté Noire de Montgomery, menée par le pasteur Martin Luther King Jr. décide de boycotter la compagnie de bus de la ville à partir du 5 décembre 1955. Le boycott dure près d’un an. Pendant toute l’année 1956, les bus de Montgomery, dont la majorité des passagers sont habituellement des Afro-américains, roulent quasiment vides, menaçant la compagnie de faillite. Le boycott n’est levé que lorsque que la Cour Suprême des États-Unis condamne la ségrégation en Alabama, à la fin du mois de novembre 1956.

Rosa Park au poste de police alors qu’elle vient de se faire arrêter pour s’être assise à la place d’un Blanc

Rosa Park au poste de police alors qu’elle vient de se faire arrêter pour s’être assise à la place d’un Blanc.

Martin Luther King Jr., qui s’est illustré à Montgomery, est un leader afro-américain partisan de la désobéissance civile et d’actions non-violentes comme le boycott et les sittings. Il devient très populaire et organise le 28 août 1963 une grande marche à Washington DC afin de presser le Président Kennedy de supprimer la ségrégation. C’est au cours de cette manifestation que le pasteur prononce son célèbre discours « I have a dream ». Cette grande marche a réuni environ 300,000 activistes Noirs et Blancs.

C'est au cours de cette marche que le pasteur a prononcé son discours "I have a dream"

C’est au cours de cette marche que le pasteur a prononcé son discours “I have a dream”

Les Afro-américains ne sont en effet pas les seuls à se dresser contre la ségrégation. Un certain nombre de Blancs rejettent les pratiques injustes et racistes de la ségrégation et veulent y mettre fin. Ainsi, des groupes de Noirs et de Blancs sillonnent ensemble le pays dans des cars pour se rendre aux meetings de Martin Luther King Jr. et participer à des actions en faveur des droits civiques.On les appelle les « freedom riders » (les voyageurs de la liberté).
Ces activistes luttant contre le racisme sont la cible de groupes racistes dont le plus connu est le tristement célèbre Ku Klux Klan qui n’hésite pas à tuer ceux qui remettent en cause l’idée de la suprématie des Blancs sur les Noirs.

A Gauche, des freedom riders Noirs et Blancs posant devant leur bus de la liberté. A droite, les restes du bus de la liberté attaqué par le Ku Klux Klan en Alabama le 14 mai 1961. Des activistes pacifistes Blancs et Noirs étaient dans le bus quand des membres du Klan et de la police les ont arrêtés et ont ordonné de les « brûler tous ».

A Gauche, des freedom riders Noirs et Blancs posant devant leur bus de la liberté.
A droite, les restes du bus de la liberté attaqué par le Ku Klux Klan en Alabama le 14 mai 1961. Des activistes pacifistes Blancs et Noirs étaient dans le bus quand des membres du Klan et de la police les ont arrêtés et ont ordonné de les « brûler tous ».

Face à la lenteur du processus d’obtention des droits civiques et aux crimes raciaux persistants, certains Afro-américains rejettent la non-violence de Martin Luther King Jr. et se tournent plutôt vers les partisans de l’auto défense et des actions musclées. Une figure emblématique dans ce domaine est Malcolm X. Face à la police qui ne défend pas les citoyens Afro-américains et qui parfois même est complice de crimes racistes, il appelle les Noirs à se défendre en utilisant la force.

Malcolm Little, dit Malcolm X (1925-1965)

Malcolm Little, dit Malcolm X (1925-1965).

1964 : Civil Right Act
Par cette loi du 2 Juillet 1964 le Congrès américain met officiellement fin à la ségrégation. Les lois humiliantes sont abrogées mais comme 100 ans auparavant avec la fin de l’esclavage, les mentalités ne changent pas instantanément. Il est en effet nécessaire pour le Congrès de voter une loi en 1965 qui rappelle qu’il est désormais interdit de nier le droit de vote aux Noirs. Si la ségrégation légale disparaît dans les années 50 et 60, la discrimination raciale reste très présente aux États-Unis dans les décennies qui suivent.

Le Président Lyndon B Johnson signant la loi mettant fin à la ségrégation. Derrière lui se tient Martin Luther King Jr.

Le Président Lyndon B Johnson signant la loi mettant fin à la ségrégation. Derrière lui se tient Martin Luther King Jr.

1992 : les émeutes raciales de Los Angeles
Un automobiliste Afro-américain est arrêté pour excès de vitesse. Les policiers qui l’interpellent le passe à tabac. Lors de leur procès, les policiers sont acquittés malgré les preuves qui les accablent. Cet événement, additionné aux discriminations perpétuelles et aux taux de chômage très élevé dans le quartier afro-américains de Los Angeles, fait éclater une importante émeute raciale qui dure une semaine et qui fait une cinquantaine de morts, plus de 2300 blessés. Les médias diffusent dans le pays et à travers le monde les images de la ville en feu et des violences de la foule.

Au printemps 1992 Los Angeles est la scène de violences et de pillages suite à des violences policières. Les clichés de la ville en plein chaos font le tours du monde.

Au printemps 1992 Los Angeles est la scène de violences et de pillages suite à des violences policières. Les clichés de la ville en plein chaos font le tours du monde.

2008 : élection de Barack Obama.
Il est le premier président Noir de l’Histoire des États-Unis. L’obamania fait le tour du monde, mais l’élection d’un président Afro-américain marque-t-elle enfin la fin de la question noir ? Pas complètement en fait. Barack Obama est certes noir de peau, mais il n’est pas issu d’une famille afro-américaine qui a connu l’esclavage. Son discours politique ne parle pas du sentiment de culpabilité de la Nation américaine quant à son passé esclavagiste. Obama ne dérange donc pas comme les autres politiciens afro-américains qui en parlent.

Barack Obama, élu le 4 novembre 2008 44e président des Etats-Unis. Il est le premier Afro-américain a occuper ce poste.

Barack Obama, élu le 4 novembre 2008 44e président des Etats-Unis. Il est le premier Afro-américain a occuper ce poste.

2014-2015 : violences policières
Le 9 août 2014, Mickael Brown, un jeune Afro-américain, est abattu par un policier blanc dans des circonstances qui restent encore troubles. Le policier auteur du coup de feu n’est pas poursuivi pour son acte ce qui déclenche la colère de la communauté afro-américaine et une série de manifestations contre les violences policières exercées sur les Noirs.
Le 4 avril 2015, un policier Blanc vide le chargeur de son arme dans le dos d’un Afro-américain qui tentait de lui échapper
Le 12 avril 2015, un policier Blanc confond son taser avec son revolver lors de l’interpellation d’un truand afro-américain, tuant ce dernier.

Caroline du Sud, 4 avril 2015.L'officier Slager vide son chargeur dans le dos de Walter Scott alors que ce dernier tentait de prendre la fuite après une altercation entre les deux hommes. La vidéo prise par un témoin vient démentir les propos de l'officier qui clamait la légitime défense.

Caroline du Sud, 4 avril 2015.L’officier Slager vide son chargeur dans le dos de Walter Scott alors que ce dernier tentait de prendre la fuite après une altercation entre les deux hommes. La vidéo prise par un témoin vient démentir les propos de l’officier qui clamait la légitime défense.

Les manifestations se multiplient dans le pays, que cela soit dans les villes où les drames se sont produits où en plein cœur de Manhattan.
Ces événements rejettent les États-Unis dans le même climat de violence que dans les années 1950-1960, avant la mise en place des lois pour les droits civiques des Afro-américains. La couverture du moi de mai du magazine Time laisse d’ailleurs sous-entendre un retour à la case départ.

"Ce qui a changé. Ce qui n'a pas changé"

“Ce qui a changé. Ce qui n’a pas changé”

La question noire est un pan extrêmement important de l’histoire des États-Unis, elle met en lumière des paradoxes, des temps forts et des portraits de personnalités qui ont marqué la communauté Afro-américaine et la Nation américaine toute entière. Pendant la ségrégation, des leaders Afro-américains avaient exprimé leur souhait de construire une Nation Afro-américaine à l’intérieur des États-Unis. Les lois pour les droits civiques des Noirs sont plutôt allées dans le sens d’une unification des citoyens Noirs et Blancs. Mais les discriminations n’ont jamais vraiment cessé et les drames récents montrent que les tensions raciales sont encore bien présentes aux États-Unis…

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