Après 6 ans de travail sur ce projet, Antonin Baudry propose enfin au public son diptyque sur le Général de Gaulle. Programmés en salle à un mois d’intervalle (3 juin et 3 juillet), les deux volets promettent aujourd’hui de s’inscrire parmi les blockbusters français, avec plus de 35 millions d’euros de budget chacun.
La première partie du diptyque sur la vie de Charles de Gaulle sort en salle ce mercredi 3 juin. Après une projection hors compétition au Festival de Cannes aux côtés de Notre Salut d’Emmanuel Marre (qu’on a d’ailleurs aussi vu pour vous), vous pouvez dès aujourd’hui découvrir la première partie de La Bataille de Gaulle vous-même en salle.
Sept ans après la claque immersive du Chant du loup, Antonin Baudry délaisse les sous-marins pour s’attaquer à Charles de Gaulle. Présenté hors compétition au Festival de Cannes et fraîchement débarqué dans les salles, La Bataille de Gaulle : L’Âge de fer constitue le premier volet d’un diptyque historique d’envergure, dont la suite (J’écris ton nom) est déjà programmée pour le 3 juillet.
Un premier volet multi-genre
En juin 1940, face à la capitulation orchestrée par le maréchal Pétain, de Gaulle n’est pas encore une icône. Il s’exile à Londres avec une valise et une obsession : ne pas abandonner la France. Le long-métrage excelle particulièrement dans la représentation de la relation tumultueuse entre de Gaulle et Sir Winston Churchill.
Le défi relevé par Antonin Baudry était titanesque : porter à l’écran les années fondatrices du « mythe gaullien » (1940-1942 en ce qui concerne ce premier volet). Le film tente de dévoiler l’homme derrière l’uniforme à travers la présence de sa vie de famille, notamment sa relation avec son épouse et leur dévouement pour leur fille, porteuse de la trisomie 21. Ces quelques scènes offrent aux spectateurs des moments touchants. Néanmoins, la place de ces scènes reste minime face à l’ampleur que prend la figure froide et solennelle du Général.

Cependant, cette dimension intime qui peut manquer à cette histoire politique est en un sens incarnée par la figure de Fernand Bonnier de La Chapelle, interprétée par Florian Lesieur. Les deux récits se répondent à travers un montage alterné qui rythme le film. Le film, sûrement à cause de la densité historique de la période, donne malgré tout parfois l’impression de survoler certains aspect. Le spectateur a par exemple très peu accès à l’intériorité de l’homme. S’il est évidemment compliqué de porter des doutes et des pensées à un personnage historique, les sources écrites auraient peut-être pu permettre au réalisateur de proposer un portrait plus intime et profond de Charles de Gaulle.
Une comédie ?
On note aussi une légère dimension humoristique, puisque quelques scènes ont tout de même fait rire le public. Malgré tout, on se demande si cette pointe d’humour n’est pas en trop dans un film de cette ampleur historique. Finalement, ces séquences drôles paraissent parfois un peu « forcées », faite pour plaire à tous et raccrocher avec ceux qui trouveraient un film historique de 2h40 un poil long.
Un scénario hors du commun
Comme le soulignait l’historienne Frédérique Neau-Dufour, responsable mémorielle de la Région Grand-Est, très peu d’œuvres prennent comme figure centrale le Général de Gaulle : il est plutôt second rôle. Cette dernière était présente à l’avant-première organisée par BNP Paribas, partenaire majeur du film, ce mardi 2 juin.

L’une des autres forces du scénario est d’élargir la vision de la Résistance en évitant un récit purement centré sur Londres. En plus de l’importance que prend Fernand, en France puis en Algérie, le réalisateur met un point d’honneur à restituer l’importance cruciale de l’Empire colonial, rappelant que la France Libre doit beaucoup aux territoires et aux peuples d’Afrique : Tchad, Cameroun, Sénégal, mais aussi au Maghreb.
Une distribution au garde à vous
Avec ses 74 millions d’euros de budget (37 millions par film), ce diptyque se hisse assez facilement dans le classement des 50 films français les plus chers de l’histoire du cinéma. En tout cas, il s’impose clairement comme LE film français le plus cher de cette année 2026.

Du côté du casting, on retrouve Simon Abkarian dans le rôle du Général de Gaulle. De l’autre côté, c’est le jeune Florian Lesieur qui se glisse dans la peau de Fernand. On voit aussi Mathieu Kassovitz dans les bottes de l’amiral Darlan, ou encore Niels Schneider et Thierry Lhermitte. Enfin, c’est Simon Russell Beale qui endosse la responsabilité d’incarner la figure de Churchill.
La bataille de Bir Hakeim
En effet, Bir Hakeim, ce n’est pas qu’une station du métro parisien… Et comment parler du film sans évoquer la bataille de Bir Hakeim ? C’est au cœur du désert libyen que le film propose la reconstitution de la bataille de Bir Hakeim (mai-juin 1942). Portée par Benoît Magimel dans le rôle du général Kœnig, cette séquence s’impose comme un véritable « film dans le film ».

Une fin frustrante
Malgré tous les aspect positifs et agréables du film, qui nous font passer un bon moment dans l’ensemble, le rythme souffre inévitablement du format diptyque choisi. En s’arrêtant brusquement en 1942, cette première partie donne parfois l’impression d’une longue introduction de 2h40. On a finalement un peu l’impression d’assister à un empilement de faits historiques (la création de la France Libre, la capitulation puis la collaboration de Pétain, l’émergence de Jean Moulin, etc.), passage obligé qui prépare le terrain pour le second volet.