La prix Nobel de la paix 2023 Narges Mohammadi a été libérée sous caution ce lundi 11 mai par le régime iranien après deux crises cardiaques en prison.
Elle est le visage d’un combat pour toute une génération d’Iraniens.Narges Mohammadi a été libérée sous caution ce lundi 11 mai. Prix Nobel de la paix 2023, elle a été transférée en ambulance vers un hôpital de Téhéran pour recevoir des soins médicaux après avoir été victime de deux crises cardiaques en prison. Selon son avocate, son état est plus qu’inquiétant puisqu’elle aurait perdu une vingtaine de kilos depuis son emprisonnement.
Narges Mohammadi et sa vie de militante

Narges Mohammadi est née le 21 avril 1972 à Zanjan, dans le nord-ouest de l’Iran. Très vite, elle s’affirme comme une tête et décroche un diplôme de physique grâce auquel elle devient ingénieure. C’est durant sa période universitaire que tout va changer pour elle. Elle s’engage dans le militantisme en rédigeant des articles sur les droits des femmes et en participant à des réunions politiques étudiantes. Cet engagement lui vaudra une première arrestation dès 1998. En 2003, elle continue sur son chemin en rejoignant le Centre des défenseurs des droits humains. Dirigé par la lauréate du prix Nobel Shirin Ebadi, Narges Mohammadi deviendra même sa vice-présidente.
Ces 25 dernières années, Mohammadi a été à plusieurs reprises condamnée et emprisonnée. Les raisons ? Son engagement contre la peine de mort et le code vestimentaire strict imposé aux Iraniennes. Le régime, lui, a une méthode bien identifiée, il arrête, condamne puis libère pour des raisons médicales. Le régime irannien répète ce schéma sur de nombreux de ses ennemis depuis des années. En 2016, un tribunal révolutionnaire la condamne à 16 ans d’emprisonnement pour avoir dirigé un mouvement militant pour l’abolition de la peine de mort.
Sa vie derrière les barreaux
En octobre 2023, ses deux jumeaux, Ali Rahman et Kiana Rahmani reçoivent le prix nobel de la paix de leur mère. Et ce, alors même que cette dernière est emprisonnée à la prison d’Evin. Malgré une libération fin 2024 pour « raison de santé », elle en profite pour reprendre son combat. Le gouvernement l’arrête à nouveau dès le 12 décembre 2025. Cette arrestation prend place lors d’une cérémonie commémorative pour un avocat des droits humains retrouvé mort. En février 2026, Le gouvernement iranien recondamne Narges Mohammadi à six ans de prison supplémentaires pour « atteinte à la sécurité nationale ». Elle écope d’un an et demi pour « propagande contre le système islamique ». Elle y fait une grève de la faim d’une semaine pour réclamer un simple droit de téléphone.
En prison, Narges Mohammadi aurait subi deux attaques cardiaques, le 24 mars et le 1er mai 2026. Son comité de soutien à Paris a assuré qu’elle risquerait la mort. Elle aurait perdu 20 kg et aurait des difficultés à s’exprimer selon son avocate parisienne Chirinne Ardakani. Cette dernière a de plus, sans ambiguïté, pointé la responsabilité du régime. « Le régime s’acharne pour éradiquer, au sens propre comme au figuré la voix de Narges Mohammadi » a-t-elle dénoncé. Son époux Taghi Rahmani, réfugié à Paris, a lui-même résumé la situation en utilisant une formule glaçante « La vie de Narges Mohammadi ne tient qu’à un fil. »
Sa fondation réclame depuis sa libération qu’elle n’y retourne jamais pour purger les 18 années restantes de la peine prévue. Les États-Unis avaient quant à eux exhorté l’Iran à la libérer, le secrétaire d’État adjoint chargé des droits humains écrivant publiquement « Le monde est témoin. »
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L’Iran en guerre contre ses femmes
L’histoire de Narges Mohammadi n’est pas singulière. Depuis la révolution islamique de 1979, la République islamique d’Iran mène une guerre « froide » contre les droits des femmes. Le voile obligatoire, les restrictions à l’emploi ou tout bonnement l’interdiction de chanter en public sont bannis pour les femmes par le régime. Un tournant est intervenu dans le pays en septembre 2022. C’est la mort de Mahsa Amini, une jeune Kurde de 22 ans tuée par la police des mœurs pour une simple mèche de cheveux qui dépassait son voile met le feu aux poudres. Le slogan « Femme, Vie, Liberté » avait alors embrasé les rues iraniennes pendant un mois. Le régime a répondu par des massacres le 8 et le 9 janvier lors d’un soulèvement déclenché par l’effondrement brutal de la monnaie nationale. Amnesty International qualifiait alors cette période de répression comme la plus meurtrière jamais connue dans le pays.
Flashback: 2022, when a 22-year-old young Iranian woman, Mahsa Amini, was killed by the Iranian regime for not wearing a #hijab.
— S.L. Kanthan (@Kanthan2030) April 20, 2026
School girls across #Iran bravely protested and stood up against the tyrannical monsters. pic.twitter.com/IYwsuT50Zt pic.twitter.com/rmq785v9JG
Les autorités auraient exécuté pas moins de 11 personnes en lien direct avec le mouvement « Femme Vie Liberté« , après des procès manifestement iniques, tandis que plusieurs autres restent sous le coup d’une sentence capitale. Le responsable du pouvoir judiciaire ordonne aux différents procureurs de ne pas faire preuve d’indulgence auprès des manifestants arrêtés. Narges Mohammadi n’est donc plus seulement une militante mais un symbole que le régime cherche à éteindre depuis 30 ans.