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C’était il y a 100 ans…l’affaire Sacco et Vanzetti

Retour 100 ans après sur la controverse judiciaire de Nicola Sacco et Bartolomeo Vanzetti, deux anarchistes d’origine italienne. Ils furent accusés de deux braquages dans le Massachusetts, le dernier provoquant la mort de deux personnes. Les deux suspects, dans une Amérique globalement conservatrice et ennemie de l’anarchisme, sont condamnés à mort et exécutés par la chaise électrique, dans la nuit du 22 au 23 août 1927.

Le début de l’affaire

Le 24 décembre 1919, à Bridgewater, trois braqueurs engagent une fusillade contre un camion transportant la paye des 500 ouvriers d’une fabrique de chaussures. C’est potentiellement 16 000 $ qui peuvent être volés. Un tramway s’interpose entre les braqueurs et le camion, les hommes armés battent en retraite. Le second braquage, à South Braintree le 15 avril 1920, est quant à lui meurtrier. Deux hommes tirent à pleines balles sur Frederic Parmenter, le caissier d’une autre fabrique de chaussures, et sur Alessandro Berardelli, son garde du corps. C’est 15 000 $ qui sont volés par les deux assassins.

Saco et Vanzetti sont connus comme étant des militants radicaux soutenant le terrorisme révolutionnaire, ils n’ont néanmoins aucuns casiers judiciaires. La police spécule que ces braquages récents servent à financer des attentats. Sacco et Vanzetti sont dans le viseur du gouvernement américain. Le premier suspect est Coacci, un ouvrir ayant travaillé pour les deux fabriques. Des cartouches de 7,65 x 17mm Browning sont retrouvées à son domicile. Ce sont les mêmes que celles retrouvées sur la scène de crime du deuxième braquage. Le second suspect est le colocataire de Coacci, Mario Buda. Il serait le propriétaire de la voiture utilisée lors du braquage.

C’est le 5 mai que la police tente d’interpeller Buda, Sacco et Vanzetti, allant alors chercher la voiture chez un garagiste. Les italiens tentent de fuir, mais Sacco et Vanzetti sont attrapés, tout deux porteurs d’une arme à feu.

Les procès 

Certains témoins, ayant assistés au braquage de loin, affirment avoir reconnu les italiens, notamment Vanzetti et sa moustache. En ce qui concerne le premier braquage, Sacco a un alibi, ayant pointé à l’usine le jour-même. C’est Vanzetti qui sera condamné à 15 ans de prison, le 16 août 1920.

Le second procès se déroule à Dedham, du 31 mai au 14 juillet 1921. Le procès se focalise sur des comparaisons balistiques. Le verdict de celui-ci est fortement influencé par l’attentat anarchiste de Wall Street causant la mort de 38 personnes. Sacco et Vanzetti sont tous deux condamnés à la peine capitale. Cet décision manque réellement de preuve formelles et indiscutables, le verdict enclenche des émeutes et des manifestations à travers le monde, c’est l’internationalisation de l’affaire.

Une révolte mondiale

Un comité de défense à Boston est mis en place, permettant de lever 300 000$ de fonds pour financer l’avocat Fred Moore. D’autres comités voient le jour, l’Italie est révoltée par la décision du juge. Les fascistes italiens réclament au gouvernement italien de venir en aide aux deux condamnés. Mussolini arrive au pouvoir, il écrira au gouverneur du Massachusetts pour demander grâce à Sacco et Vanzetti, mais rien n’y fait. C’est le 12 mai 1926 que leur condamnation à mort par électrocution est confirmée. Un bandit du nom de Celestino Madeiros, déjà condamné à mort, avoue depuis la prison être l’auteur du braquage, mais le juge Webster Thayer ne changera malheureusement jamais d’avis, et refuse de rouvrir le dossier.

En France, on compte 100 000 personnes qui manifestent en faveur des deux italiens. Louis Lecoin, fondateur du comité de défense Sacco-Vanzetti, s’infiltra même au sein d’un congrès et s’exclama « Vivent Sacco et Vanzetti ». Les presses de différents pays défendirent les italiens, le Secours rouge international mena une campagne. Le monde entier était en faveur d’une libération, mais seul le gouvernement américain avait le pouvoir. Vanzetti répondra le 9 avril 1927 au juge Thayer :

« Si cette chose n’était pas arrivée, j’aurais passé toute ma vie à parler au coin des rues à des hommes méprisants. J’aurais pu mourir inconnu, ignoré : un raté. Ceci est notre carrière et notre triomphe. Jamais, dans toute notre vie, nous n’aurions pu espérer faire pour la tolérance, pour la justice, pour la compréhension mutuelle des hommes, ce que nous faisons aujourd’hui par hasard. Nos paroles, nos vies, nos souffrances ne sont rien. Mais qu’on nous prenne nos vies, vies d’un bon cordonnier et d’un pauvre vendeur de poissons, c’est cela qui est tout ! Ce dernier moment est le nôtre. Cette agonie est notre triomphe. »

Sacco et Vanzetti sont exécutés dans la nuit du 22 au 23 août 1927, à la prison de Charlestown, dans la banlieue de Boston.

Les suites de l’affaire

50 ans après l’exécution, le 23 août 1977, le gouverneur du Massachusetts Michael Dukakis, réhabilite et absout les deux hommes. Cela ne veut pas non plus dire qu’ils sont innocents, mais le gouvernement s’incline et avoue le manque de preuves concrètes à l’encontre de Sacco et Vanzetti.

« tous les déshonneurs devaient être enlevés de leur nom pour toujours »

Michael Dukakis, gouverneur du Massachusetts

Cette affaire donna suite à de nombreuses oeuvres rendant hommage aux deux italiens. Louis Aragon en consacrera un poème, Giuliano Montaldo en fit un film. De nombreux autres artistes dédieront chansons, films et poèmes à Sacco et Vanzetti, les deux italiens injustement condamnés pour leurs opinions politiques et malgré le manque de preuves. Cette affaire est le témoignage d’une justice qui faisait elle-même le crime.

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