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L’Australie : un foyer de discrimination

« On a vu un enfant miséreux coupable d’avoir volé pour la première fois une simple canette de sodas écoper de quatorze jours de prison où cet autre, encore, se suicider en détention préventive après avoir été arrêté pour avoir dérobé une poignée de tubes de peinture et de crayons. C’est la leçon qu’inflige la société blanche dominante aux petits Aborigènes. Sur ce, les enfants récidivent et la peine est doublée. Et ainsi de suite. Indéfiniment. »

Croire en l’incroyable Alexis Wright, 2000

 

Voilà la moralité, la bonne conscience de la justice australienne encore aujourd’hui. L’Etat a feint d’offrir un nouveau statut aux Aborigènes en 2001. Le parti travailliste arrivé au pouvoir avait aboli toutes les lois racistes, dont le but était de rassurer les Blancs. Mais les populations indigènes vivaient dans la hantise d’être arrêtées et séparées de leur famille. Prenons l’exemple d’une loi appliquée dans le nord du pays, celle du « comportement antisocial ». En faveur de cette missive, la police pouvait arrêter tout Aborigène susceptible d’avoir un comportement antisocial, sans mandat…

Cette notion étant très large, les patrouilles pouvaient saisir n’importe quel motif pour les arrêter.

Une autre loi a contribué à peupler le milieu carcéral australien. Toute personne qui dort sur une plage, la nuit, encourt une amende de cent dollars. Et si elle ne peut la payer, elle est incarcérée…

Or, la tradition Aborigène veut que ces derniers dorment dehors, il s’agit d’une pratique centrale du « dreamtime » (soit le temps du rêve : thème au cœur de la culture aborigène en Australie. Ce qui regroupe l’ensemble des croyances, connaissances, et pratiques dérivées des histoires de la Création. Elles guident la vie physique et spirituelle de la communauté aborigène.).

Une politique de réconciliation a été instituée dès les années 72, grâce au gouvernement Whitman. Et des excuses officielles ont été prononcées, bien après les torts commis par les colons. Le 13 février 2008 Kevin Rudd, premier ministre australien s’adresse aux victimes de la « Stolen génération » (génération volée), voici un extrait de la demande de pardon :

 

« That today we honour the indigenous peoples of this land, the oldest continuing cultures in human history.

We reflect on their past mistreatment.

We reflect in particular on the mistreatment of those who were stolen generations – this blemished chapter in our nation’s history.

The time has now come for the nation to turn a new page in Australia’s history by righting the wrongs of the past and so moving forward with confidence to the future.

We apologise for the laws and policies of successive parliaments and governments that have inflicted profound grief, suffering and loss on these our fellow Australians.

We apologise especially for the removal of Aboriginal and Torres Strait Islander children from their families, their communities and their country.

For the pain, suffering and hurt of these stolen generations, their descendants and for their families left behind, we say sorry.

To the mothers and the fathers, the brothers and the sisters, for the breaking up of families and communities, we say sorry.

And for the indignity and degradation thus inflicted on a proud people and a proud culture, we say sorry. »

 

Première cicatrisation essentielle au génocide connu par cette population. Rappelons qu’en 1997 le rapport « Bringing them home » a révélé au monde entier que les enfants aborigènes placés dans des foyers d’adoption connurent l’interdiction formelle de s’exprimer dans leur langue, afin d’effacer leurs racines culturelles. Ils devaient recevoir un minimum d’éducation suffisant à faire d’eux des travailleurs manuels ou dans le cas des filles, des domestiques. Inutile de préciser que la réalité de ce mouvement tant médiatisé était bien plus sordide et dissimulait un profond irrespect de ces enfants.

En 1991, lorsqu’une commission enquêta sur la mort de plus de cent Aborigènes en moins de dix ans dans les prisons, on découvrit que les Aborigènes entre quinze et dix-sept ans représentaient 30% de la population carcérale. Ainsi en raison de leur jeune âge, ils mourraient vingt-trois fois plus facilement que les autres détenus.

En 2007 ce pourcentage s’est élevé à 32 %…

 

Encore récemment en 2010, 70% des victimes de l’alcool en Australie sont Aborigènes. Et 56% des accidents de la route de ces derniers sont causés par la boisson. Cependant le gouvernement n’a pas jugé utile de faire adopter une quelconque loi sur l’alcoolisme, et sa prise en charge qui pourrait les aider. Malgré les nombreux moyens pour faciliter la scolarisation des enfants, elle demeure rare pour les Aborigènes qui bien souvent sombrent dans la délinquance et la toxicomanie.

Selon des estimations récemment des ONG locales, leur espérance de vie en moyenne, était de dix-sept ans inférieure à celle des autres australiens. Les indigènes ont une santé très fragile, et sont beaucoup plus que le reste de la population australienne exposés aux risques de maladies cardiaque. En août 2010 Ken Wyatt est le premier député aborigène élu au Parlement. Il espère pouvoir améliorer d’un point de vue social la condition de son peuple, et parler avec le même poids que ses collègues Blancs. L’ONU dans son rapport sur l’Australie en 2007 avait elle-même qualifié la politique de John Howard de « raciste ».

Des associations sur place ont œuvré afin de recueillir des fonds pour améliorer la situation et intégrer les Aborigènes à des cursus universitaires, mais l’argent est très mal géré, et c’est bien insuffisant, peu d’entre eux sont propriétaires d’un logement. Même si l’Etat australien a enfin reconnu au XXIème siècle, les sévices dont ils ont été victimes, il ne considère toujours pas cette partie de ses citoyens, comme le cœur de ses priorités.

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