Un groupe musical composé d’un curé, d’un rabbin et d’un imam: Coexister la nouvelle comédie de Fabrice Eboué s’attaque à un sujet délicat : la religion

Pour Coexister sa nouvelle comédie après Case Départ (co-réalisé avec Thomas Ngijol et Lionel Steketee) et Le Crocodile de Botswanga (co-réalisé avec Steketee uniquement), c’est seul que Fabrice Eboué s’est lancé cette fois-ci dans l’aventure. L’émancipation lui réussit plutôt bien avec ce qui est sans conteste son meilleur film à ce jour.

Et pourtant, sur le papier ce pitch totalement improbable, ce sujet casse-gueule au possible, cet attelage de comédiens d’horizons différents, tout paraissait propice à un accident de parcours grandeur nature. Si Coexister a du mal à se mettre en place en termes de rythme, une fois totalement lancé il ne s’arrête plus et nous vaut quelques fous rires sur lesquels on n’aurait pas forcément parié. Explications.

Mais c’est quoi déjà… Coexister ? Un producteur de musique à la dérive décide de monter un groupe constitué d’un rabbin, un curé et un imam afin de leur faire chanter le vivre-ensemble. Mais les religieux qu’il recrute sont loin d’être des saints…

On savait Fabrice Eboué doué pour son sens de la répartie, ses saillies corrosives souvent hilarantes mais il n’avait pas encore montré sa vraie dimension au cinéma. Même si ses deux premières tentatives avaient en leur sein une vraie patte d’auteur et un regard acéré sur des problématiques sociétales, il trouve cette fois un écho contemporain important avec un sujet on ne peut plus délicat. On craignait tellement que Fabrice Eboué se prenne les pieds dans le tapis que la surprise n’en est que plus grande.

Dans Coexister, tout le monde en prend pour son grade : chrétien, juif, musulman, il n’y a pas de laissés pour compte, ce qui évite de prendre à partie les motivations du réalisateur. Avec ce ton grinçant et ces dialogues de feu balancés comme des déflagrations, Coexister ne fera pas rire tout le monde. On voit d’ici les culs bénis s’offusquer des vannes parmi les plus incisives entendues sur le sujet, mais pour tous les autres les rires en cascade devraient être au rendez-vous.

Évidemment, pour que ces dialogues claquent et confèrent au film toute sa puissance comique, il faut des comédiens qui soient immédiatement crédibles et dont le talent soit indéniable. Avec un trio complémentaire et impeccable, Fabrice Eboué a eu la main heureuse. Guillaume de Tonquédec, Ramzy Bedia et Jonathan Cohen sont tous fantastiques mais le génie comique de Jonathan Cohen se confirme avec une telle maestria qu’il prend ici à son corps défendant le pas sur ses camarades. En rabbin dépressif, hanté par un trauma surprenant  et qui essaye de repartir du bon pied avec ce projet musical, Jonathan Cohen se paye plusieurs scènes appelées à devenir cultes.

Ses deux partenaires ont aussi leurs moments hilarants même s’ils sont un peu moins surprenants, tandis qu’Audrey Lamy apporte de sa folie et que sa personnalité pétillante fait des ravages. Fabrice Eboué se réserve le rôle le plus terre à terre, garant des dérapages des autres et il s’en sort plutôt bien même si on pointera plutôt le grand mérite de son scénario qui, outre un sens avéré de la punchline amené ici à ébullition, est de parvenir à mettre en avant un concept qui peut paraître utopique en ces temps troublés, celui du vivre-ensemble. Sans jamais se vouloir didactique ou pontifiant, le film garde son ADN comique et ne tente pas d’asséner une quelconque morale, et si le récit prône la notion de tolérance et d’acceptation, c’est en conservant l’ambition de faire rire.

Il est salvateur de voir une comédie française sortir des schémas pré-établis qui prévalent à longueur d’année et d’asséner des vérités avec véhémence tout en gardant une véritable identité d’auteur. Coexister n’est pas parfait, le rire met un peu de temps à s’installer et la mayonnaise ne prend pas d’entrée mais Fabrice Eboué est très généreux avec un sujet loin d’être évident. Il en ressort une comédie corrosive à l’image de son auteur qui en choisissant le chemin de la religion trouve sa voie.

Improbable et pourtant Coexister assène des vérités avec des punchlines cinglantes, d’où ressort le génie comique de Jonathan Cohen!

 Coexister de Fabrice Eboué – En salles le 11 octobre 2017

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