Canal+ dégaine la toujours très attendue saison 7 d’Engrenages. Douze nouveaux épisodes d’une intensité folle, entre relance de la série et prolongement de ses grandes qualités.

C’est quoi Engrenages saison 7 ? La fin de la saison 6 a laissé nos personnages dans un état de crise. Fuyant sa maternité, Laure a brutalement mis fin au rêve de Gilou de fonder une famille avec elle. Tintin a quitté le groupe. Menacé par la maladie, Roban s’est retrouvé contraint de renoncer à ses fonctions. Joséphine a payé le prix fort de sa vengeance sur Vern : elle a été emprisonnée. Seul un événement puissant pouvait les réunir : la mort de l’un des leurs. Une enquête à laquelle aucun d’eux ne veut renoncer. L’affaire apparaît d’abord comme un braquage qui aurait mal tourné. Elle se révèle très vite plus complexe. Suivant la piste du cash issu d’un trafic de stupéfiants, nos héros vont mettre au jour un important réseau de blanchiment. Confrontés pour la première fois à la délinquance en col blanc, bénéficiant de protections au plus haut niveau de l’Etat, ils vont devoir affronter des obstacles dressés par leur propre hiérarchie. L’affaire sera d’autant plus compliquée que dans le camp adverse, Joséphine est à la manœuvre. Cette fois, les petits arrangements avec la procédure ne suffiront pas. Ils se trouveront face à un dilemme que chacun devra gérer à sa façon : renoncer à la vérité ou trahir l’institution qu’ils ont toujours servie.

Pourquoi la saison 7 d’Engrenages est juste brillante ?

Dire qu’Engrenages est une remarquable série relève de l’euphémisme. Chaque saison, on s’émerveille à juste titre des nouvelles affaires menées par le 2ème DPJ ou par l’institution judiciaire sublimement représentée par le juge Roban. Mais cette saison pouvait être périlleuse car elle voyait la série changer de cap : après l’avoir menée durant plusieurs saison, Anne Landois laissait la série aux mains de Marine Francou, une auteure qui non seulement connaît bien la série mais aussi l’atelier d’écriture qu’elle a très largement pu expérimenter sur Un village Français (sur bien des aspects, l’école de cette autre série importante se voit dans la fabrication de cette saison – des comédiens, auteurs et l’un des réalisateurs importants, Jean-Philippe Amar, y sont impliqués).
Cette maîtrise de l’écriture en commun chapeautée par un showrunner, se ressent à chaque minute, chaque arche déployée durant cette nouvelle saison qui aurait pu être la dernière (y compris dans la façon dont les destins des personnages sont menés). Mais comment ne pas poursuivre quand une auteure parvient à ce point à saisir toute la magie et l’intelligence d’une série ?

Pour ces 12 nouveaux épisodes, Engrenages s’offre une criminalité inédite, les criminels en cols blancs, mais aussi une narration qui conduit à « terminer » quelque chose. Si on ne dira bien entendu rien de ce qui arrive aux personnages, on peut dire sans problème que le 12ème épisode aurait pu être le dernier de la série, et qu’il aurait constitué un moment de bravoure en guise d’apothéose. Mais avant d’en arriver là, Engrenages passe par des moments d’une intensité rare, avec une intrigue qui se densifie, se complexifie à mesure qu’on avance, et signe un rebond net et sensible par rapport à l’intrigue de la saison précédente. L’équilibre est ici parfait entre le fil conducteur policier et la vie personnel des personnages. Le vrai apport de cette saison c’est que la série bascule lentement d’un aspect feuilletonnant (qui a toujours fait partie de son ADN) à un aspect plus feuilletonnesque dans le sens où elle se permet des pas de côté vis à vis d’une forme de réalisme mais sans jamais dénaturer son propos ni ce qui intrinsèquement fait partie d’elle. La seconde partie de la saison, très centrée sur le binôme Laure / Gilou, en est un exemple saisissant. Les auteurs s’amusent d’ailleurs beaucoup avec des twists et des constructions narratives qui rapproche encore un peu plus Engrenages des meilleures séries américaines (ne manquez pas le final de l’épisode 9, bluffant).

Série chorale, Engrenages a toujours bénéficié d’un casting puissant et maîtrisé. Difficile voire même impossible d’en extraire certains plus que d’autres. Nous tenons davantage à décerner des mentions spéciales, des comédien(ne)s qui nous ont particulièrement touchés cette saison :

Le toujours impeccable juge Roban, campé par un Philippe Duclos toujours redoutable. Cette saison, on aime particulièrement ce moment dans la seconde moitié de la saison où il pense avoir été manipulé par un témoin. Bluffant ce qu’il est capable de faire passer par un simple regard.

Louis-Do de Lanquesaing alias Edelman. Avocat redoutable, il apparaît cette saison plus faillible que jamais. Sous son air désinvolte, le personnage est brillant et son interprète parfait.

Caroline Proust et Thierry Godard (comme toujours) mais notamment dans les derniers instants de la saison. Touchants, bouleversants. Au sommet de ce qu’ils font dans la série.

Enfin Isabel Aime Gonzalez Sola alias Lola, la codétenue de Joséphine. Archétype de la détenue des séries carcérales en début de saison, elle fend petit à petit l’armure et délivre des moments d’une grande intensité.


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Plus intense et plus forte que jamais, Engrenages réussit sa saison 7 au delà des espérances. Faisant preuve d’une constante maestria dans sa narration, son jeu et sa réalisation, elle confirme surtout qu’elle en a encore sous le pied et qu’elle n’a pas fini de se raconter. Mais dans quelle direction ? Difficile de le savoir tant la saison 8 s’annonce à ce point différente …