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On débriefe pour vous … Westworld, une saison 2 intéressante mais frustrante

Westworld enfonce le clou avec une deuxième saison inégale : stimulante et intrigante, mais aussi complexe et tortueuse, qui a plongé bien des spectateurs dans la confusion.

C’est quoi, Westworld (saison 2) ? Suite à la fusillade déclenchée par Dolores (Evan Rachel Wood), le parc est en proie au chaos : de nombreux humains sont abattus, dont Robert Ford (Anthony Hopkins), tandis que dans la confusion générale, Bernard (Jeffrey Wright) a pris la fuite. La riposte s’organise et les hôtes, traqués, poursuivent chacun leur propre objectif. A la tête d’un embryon d’armée, Dolores continue sa croisade vengeresse ; Maeve (Thandie Newton) tente de retrouver sa fille ; William (Ed Harris) reçoit un message posthume de Ford et part en quête de « la porte ». Deux semaines plus tard, un Bernard confus et amnésique reprend conscience; confronté aux corps de centaines d’hôtes noyés dans un lac, il affirme les avoir tués…  

Westworld avait conclu son entrelacs de mystères, sa juxtaposition des lignes temporelles et le casse-tête général de la première saison par une séquence marquante : Dolores se retournait contre le fondateur du parc, dans une fusillade épique. Mais si le dénouement s’accompagnait de certaines réponses, il semblait évident que la série n’allait pas pour autant suivre une voie plus traditionnelle en délaissant sa construction labyrinthique. Et de fait, la deuxième saison ne va cesser d’enchaîner de nouveaux mystères en s’appuyant sur la même narration éclatée, complexifiant encore le propos. Et ce, même si l’on découvre en cours de route de nouvelles informations sur le fonctionnement du parc et ses protagonistes.

Dolores est armée et dangereuse

 

Si la première saison se caractérisait par une quête intérieure (symbolisée par le labyrinthe), la deuxième embrasse aussi une recherche extérieure, plus spécifique et personnelle. Dolores cherche son père et veut éveiller la conscience des androïdes; Maeve, qui peut désormais contrôler les autres hôtes en se connectant à leur système, cherche sa fille (sans doute l’histoire la plus touchante, grâce à l’excellente interprétation de Thandie Newton) ; les hôtes, menés par Akecheta (Zach McClarnon), cherchent la porte qui les mènera à une sorte d’Eden virtuel  ; William, qui ne s’épanouit jamais autant que dans la chaos, se lance dans une nouvelle quête ; Bernard avance à tâtons, dans un monde dont il a perdu le contrôle ; Teddy et Hector suivent aveuglément Dolores et Maeve.

Maeve, prête à tout pour protéger sa fille

 

Clairement, Westworld parvient encore à nous impressionner grâce à sa mise en scène maîtrisée, sa réalisation superbe, ses scènes spectaculaires et ses révélations distillées au compte-goutte. Malgré des longueurs et maladresses (les errements métaphysiques de Bernard, le parcours monotone de Dolores, la métamorphose forcée de Teddy) ou certaines séquences décevantes (le monde des samouraïs, simple variation de ce que nous connaissons déjà.), l’histoire reste globalement prenante, et le final augure d’une saison 3 prometteuse, qui investira le monde réel dans lequel nous n’avions pénétré jusque là que par le biais de flashbacks.

Par ailleurs, on obtient quelques réponses (sur l’inondation et les cadavres du premier épisode ; l’amnésie de Bernard ;l’identité de l’homme en noir…) et le voile se lève sur certains aspects de l’univers de Westworld. On découvre notamment le véritable but du parc, à savoir copier l’esprit humain pour accéder à l’immortalité. L’assertion majeure de cette saison en est une conséquence directe : les humains sont aussi prévisibles que les hôtes, toute notre vie peut être réduite à un algorithme,  le libre arbitre est une illusion. William en est un bon exemple, lui qui tente de fuir son destin pour systématiquement aboutir au même moment, au même endroit et à la même situation – comme Delos avant lui.

Here comes the man in black… Mais qui est vraiment William ?!

 

Pour autant, rien n’est totalement résolu et d’autres énigmes surgissent : à qui appartiennent les sphères dérobées par Dolores ? Qui est la nouvelle Charlotte ? Qui sera « ressuscité » après le massacre final ? Que cache la porte que pousse Bernard, dans la maison d’Arnold ? Sans même parler de la scène post-générique où l’on découvre, dans un futur non déterminé, une information capitale sur William.

Il y a donc énormément de choses dans cette saison, tant sur le plan narratif que sur celui de la réflexion. Pourtant, et même si les chiffres restent corrects (1,6 millions de spectateurs pour le final), Westworld a perdu une bonne partie de son public : on estime que les audiences ont chuté de près de 30%  par rapport à la première saison. Parmi les explications avancées, on a évoqué la complexité d’une narration éclatée entre sauts temporels, récit au présent, plongées dans le système des androïdes et réflexions métaphysiques. Concrètement, le propos et l’histoire de Westworld ne sont pas si compliqués, dès lors que la vision d’ensemble du dernier épisode permet de reconstituer le récit de manière chronologique. Mais justement, Westworld ne cesse d’embrouiller son public avec une construction qui, en théorie, est susceptible d’aiguiser sa curiosité quand, dans la pratique, de nombreux spectateurs se sont plaints de ne rien comprendre…

Paranoid Android, Bernard est aussi perdu que le spectateur

 

La possibilité que nous soyons trop bêtes pour comprendre Westworld n’est pas à exclure, mais nous aimons croire que des séries comme Lost, The Leftovers ou Twin Peaks nous ont habitués aux casse-têtes et que le problème est ailleurs. Sans doute, justement, dans la manière frustrante dont Westworld (contrairement aux séries sus-citées),  privilégie le jeu intellectuel aux dépends de la fluidité de l’intrigue. En un sens, le puzzle semble exister en marge, déconnecté de l’histoire ou de l’évolution des personnages. Finalement, Dolorès est symptomatique de cet aspect : comme Westworld, le personnage est intéressant, intellectuellement stimulant… mais froid et déshumanisé.

Rétrospectivement, la saison 2 de Westworld confirme le chemin emprunté précédemment, accentuant ses qualités et ses défauts. Spectaculaire, intrigante et d’une grande richesse, la série de Jonathan Nolan et Lisa Joy est aussi toujours plus complexe dans sa narration et tortueuse dans sa réflexion. Le casse-tête fait certes partie intégrante de son ADN et de son intérêt – jusqu’au moment où l’on s’ y perd, et où le récit confus n’est plus une motivation suffisante pour persévérer. C’est d’autant plus dommage que les pistes lancées pour la saison 3 sont prometteuses. Pas sûr que ce soit suffisant pour ramener à Westworld tous ceux qui ont quitté le parc en cours de route.  

Westworld (saison 2) – HBO / OCS.
10 épisodes de 55′ environ.

About author

Traductrice et chroniqueuse, fille spirituelle de Tony Soprano et de Gemma Teller, Fanny Lombard Allegra a développé une addiction quasi-pathologique aux séries. Maîtrisant le maniement du glaive (grâce à Rome), capable de diagnostiquer un lupus (merci Dr House) et de combattre toutes les créatures surnaturelles (vive les frères Winchester), elle n'a toujours rien compris à la fin de Lost et souffre d'un syndrome de stress post-Breaking Bad
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