Comme le reste du monde, la France s’essaye à l’adaptation littéraire de romans cultes ou au choix la transposition d’un film en série. C’est le cas avec Les rivières pourpres de J.C Grangé qui devient une série. Comment maintenir la cohérence sur une série avec un univers pensé pour être bouclé ?

C’est quoi Les rivières pourpres ? Série de 8 x 52 minutes pour France 2 adaptée du roman de Jean-Christophe Grangé et déjà portée au cinéma en 2000. Suite à l’affaire de Guernon au milieu des années 2000, l’emblématique capitaine Pierre Niemans est muté à la tête d’une nouvelle unité confidentielle, qui traite des affaires les plus complexes, où les indices sont peu nombreux. C’est au cours d’une mission particulièrement difficile que Niemans tombe par hasard sur sa meilleure élève et fille spirituelle, Camille Delaunay. Spécialistes du versant noir de l’âme humaine, duo explosif aux méthodes non moins originales, Niemans et Camille sont envoyés aux quatre coins de la France, dans des régions où les légendes, les paysages et les traditions, se mêlent à des meurtres compliqués, à des enquêtes toujours plus nerveuses et denses. Indépendant, efficace, et d’un courage rare, ce tandem de choc se fond dans le décor, n’hésitant pas à dormir chez l’habitant pour mieux percer à jour leurs secrets… Aussi borderline l’un que l’autre, ils sont vifs, drôles, efficaces – et dangereux.

C’est quoi « Le jour des cendres » ? Dans ce double épisode présenté en compétition au Festival de la Fiction TV de la Rochelle, Niemans doit enquêter dans une communauté religieuse Les vendangeurs de Dieu où le corps du dirigeant de la communauté est retrouvé enseveli sous les gravas d’une voûte qui s’est effondrée. Rapidement Niemans ne croit pas à la thèse de l’accident et va fouiller au plus profond de ce qui s’avère être une secte et en percer le terrifiant secret.

Les rivières pourpres (si on met de côté le second volet vraiment raté) était un film vraiment bien, bien  qu’un poil complexe dans sa narration, qui adaptait vraiment l’univers foisonnant de Jean-Christophe Grangé. Romancier spécialisé dans les univers très sombres qui perce la noirceur de l’âme humaine, Grangé n’a pas pas toujours vu son univers passer les barrières de la télé avec grande réussite. Le vol des cigognes était long et ennuyeux tandis que Le passager, même si elle n’était pas factuellement  ratée, comptait pas mal de défauts.
La difficulté de porter Les rivières pourpres à la télé tient déjà dans sa structure même. Ce n’est pas une saga de romans mais une histoire bouclée dont le titre est expliqué dans la résolution du roman / film. Difficile dans ce cas de le décliner sinon en le transformant en une marque bien plus parlante pour le public que d’appeler par exemple la série « Niemans« . On pourrait dès lors craindre qu’il ne s’agisse que de communication. Pourtant, et sans en dévoiler la résolution, cet épisode Le jour des cendres montre à bien des égards que le titre n’est pas seulement qu’un prête nom.

Les rivières pourpres reprend le format d’une autre série de France 2, L’art du crime. Faux 52 minutes puisque l’histoire y est développée en réalité en deux parties, la série prend le temps de développer un univers très bien représenté dans les fictions américaines, mais quasi absent des séries françaises dans lequel le « réalisme » est semble-t-il la condition sine qua non pour qu’elles existent.
Il y a ici tant dans l’histoire que dans la réalisation un petit côté Millenium (de Chris Carter) : images sombres mais très léchées (sur une réalisation de Julius Berg – La forêt), musique angoissante totalement réussie (signée David Reyes), scénario tordu à souhait et signé Grangé lui même et ça se voit. Le jour des cendres a tous les atouts d’une bonne série américaine et les influences anglo-saxones se voient à chaque instant (ce qui n’est en rien un point négatif pour l’auteur de ces lignes).
Le duo Olivier Marchal – Erika Sainte fonctionne réellement bien et c’est une bonne nouvelle tant on pouvait craindre la comparaison avec le binôme Reno – Cassel du long métrage. Niemans convient parfaitement bien à Olivier Marchal qui signe une composition réussie même si on voudrait moins le voir « prisonnier » de son costume et davantage dans l’action.

A la vision de ces deux épisodes de Les rivières pourpres, on a vraiment envie de voir ce que la série a sous le pied pour les 3 autres histoires. Si on regrette le format et le manque de liant semble-t-il entre les histoires, le temps est parfaitement utilisé et on n’a jamais l’impression de remplissage. Les rivières pourpres détonne dans l’univers des séries policières françaises de France 2 et ça fait du bien.
Certains y verront sans doute une énième série policière de divertissement qui ne dit rien de notre monde. Et c’est vrai. Mais quand on passe un bon moment, pourquoi bouder son plaisir ?