Proposée hors compétition au Festival de la Fiction TV de la Rochelle, Philharmonia est déjà un événement. Projet ambitieux, cette plongée dans le milieu musical est la claque de cette rentrée.

C’est quoi Philharmonia ? Après 20 ans d’absence, Hélène Barizet revient à Paris pour prendre la tête du Philharmonia, Orchestre National dans la tourmente depuis la mort brutale de son chef. Nommée contre l’avis des musiciens et du Directeur, cette femme aux méthodes atypiques a une saison pour faire sa place et  sauver l’orchestre, réputé pour être « un tueur de chefs ». 
Hélène n’a pas de temps à perdre, elle vit chaque jour comme le dernier. Dès son arrivée, elle remplace le premier violon, traditionnel pilier de l’orchestre, par Selena Rivière, une tuttiste de vingt ans, assise au troisième rang. En l’écoutant jouer, Hélène se reconnaît immédiatement dans cette jeune violoniste prodige. La musique comme absolu, la passion comme moteur. Le maestro est bien décidé à faire de Selena son héritière.  Mais comment transmettre quand tout ce que l’on souhaite, c’est rompre avec le passé ?


A lire aussi : Sur le tournage de Philharmonia, une série menée à la baguette


 Marie-Sophie Ferdane et Lina El-Arabi (Jean-Claude Lother)

 

Quand on s’est rendu il y a quelques mois sur le tournage de Philharmonia, nous avions senti que l’on avait affaire à un projet différent. Nous n’imaginions pas à quel point cela était vrai. Plus qu’un simple projet différent des autres, différents de ce que l’on voit à la télévision française, Philharmonia est la claque de ce début de saison.

La difficulté première de la série est double : rendre accessible, grand public un projet portant sur un sujet qui peut a priori rebuter ; mais aussi maintenir le plaisir de la narration sérielle que l’on aime tant. Autant dire qu’elle y parvient au delà de nos espérances.
Le point de départ de la série est somme toute assez « banale » tant on l’a vu à l’oeuvre sur d’autres séries. C’est d’ailleurs l’accroche narrative employée sur Dix pour cent : la mort du patron de l’agence ASK chez cette dernière, tandis que Philharmonia s’ouvre sur la disparition du chef d’orchestre.
Si ce teaser d’épisode 1 peut paraître commun, très vite, la série bascule et ce dès le générique.
Superbe, graphiquement réussi et envoûtant, il nous immerge immédiatement dans l’univers de la série. Puis on fait connaissance avec l’héroïne, étrange, intrigante, envoûtante même : une parfaite héroïne hitchcockienne campée somptueusement par Marie-Sophie Ferdane. Le public ne sait quasiment rien d’elle si ce n’est, avec une économie de mots salutaire en fiction française, devine-t-on un superbe revolver emporté dans ses valises. Puis les références se multiplient, intelligemment mises en images par Louis Choquette le réalisateur : de L’homme qui en savait trop à Whiplash, la caméra virevolte autour des comédiens nous faisant passer de la description d’un univers professionnel à la construction étape par étape d’un thriller psychologique savoureusement voulu par Marine Gacem, la créatrice de la série. Une puissante galerie de personnages se dessine petit à petit, portée par une galerie de comédiens tout aussi puissante : Jacques Weber impérial de sobriété, Tom Novembre dont la présence tétanise l’image. Sans oublier l’incroyable Marie-Sophie Ferdane qui ne fait qu’un avec sa musique, son pupitre de maestro.
Et puis, il y a la musique. La musique, personnage central de la série qui se réincarne telle une déesse grecque dans le corps de l’un des personnages de la série.

La musique est de tous les instants. Les grandes œuvres classiques y côtoient les plus grands thèmes populaires comme le mythique morceau d’ouverture de Mission : Impossible signé Lalo Schiffrin (preuve s’il en est que la musique classique est partout), mais aussi les pures créations originales pour la série signées Etienne Perruchon comme l’envoûtant Ten for nine eleven. Personnage central de la série, la musique prend littéralement possession du corps de la révélation – confirmation de cette série : Lina El Arabi (Ne m’abandonne pas). Majestueuse, touchante, d’une grande beauté et d’une grande intelligence de jeu, elle éblouie chacune de ses apparitions à l’écran. Ses faces à faces avec Hélène Barizet ou Rafael Crozes (Tomer Sisley) sont emprunts de majesté, mais aussi fortement chargés émotionnellement.

 François Vincentelli et Charlie Bruneau (Jean-Claude Lother)

 

Alors qu’il reste encore 4 épisodes à découvrir pour cette saison, Philharmonia est déjà une grande et belle série, dont l’écriture, la réalisation et l’interprétation ont été travaillées de concert pour donner à cette série une petite musique toute sauf classique. Philharmonia voit aussi « la naissance » d’une grande auteure de télévision, Marine Gacem. Bien que déjà familière avec l’écriture, elle signe une oeuvre tellement personnelle et forte qu’elle constituera à n’en pas douter un point de bascule dans sa carrière. Philharmonia : la série qui donne envie d’aimer la musique.