TF1 ouvra sa saison de fictions avec Piégés, un unitaire en deux parties avec Odile Vuillemin et Thierry Neuvic. Une histoire sombre et diablement réussie.

C’est quoi Piégés ? Elsa Aubry, une femme sans histoire campée par Odile Vuillemin, se rend chez un notaire. Elle est loin de se douter que sa vie va basculer. Et pour cause, elle va découvrir qu’elle est l’heureuse bénéficiaire d’un héritage d’un million d’euros de la part d’un parfait inconnu. Seule condition pour toucher cette somme : « tuer un homme qui mérite de mourir ». Alors qu’elle a besoin d’argent pour soigner sa fille malade, Elsa se trouve confrontée à un véritable dilemme.

Ne nous attardons pas sur ce nouveau format des unitaires désormais découpés en deux épisodes de 52 minutes pour nous focaliser sur cette proposition vraiment intéressante d’une histoire en tout point originale. Plongé directement dans l’intrigue dès les premières minutes sans passer par la case longue exposition, le spectateur suit le personnage d’Elsa dans son choix (ou son non-choix) face au plus terrible des dilemmes. Devra-t-elle pour sauver sa fille accepter de franchir la ligne rouge ? Telle est la question soulevée dans Piégés et notamment dans la première partie.
Odile Vuillemin (qui incarne Elsa) se transforme en héroïne hitchcockienne dans une histoire inattendue sur TF1 et qui n’est pas sans rappeler l’ambiance très malsaine que l’on ressentait dans La main du mal il y a deux ans sur la même chaîne. Sorte de croisement entre Proposition indécente (avec Robert Redford et Demi Moore) et L’inconnu du Nord-Express (d’Alfred Hitchcock), Piégés nous attrape et nous entraîne dans une mécanique infernale parfaitement huilée qui trouve un premier twist implacable à la fin de la première partie. Piégés prend alors une autre tournure et un autre visage dans la seconde partie jusqu’à un final que l’on aurait aimé moins conventionnel, moins « TF1 » (on va y revenir).

Dans sa seconde partie, Piégés emprunte d’autres influences à des films bien connus du spectateur (comme Saw) pour le « jeu » auquel se livre la personne à l’origine de tout ce dangereux engrenage. Et c’est dans ces moments que l’on peut regretter certains choix opérés dans le scénario.
D’abord, indéniablement quand on arrive à la fin de Piégés, on se dit qu’il y a de la matière pour davantage d’histoires. La quête de la vérité opérée par Elsa et son mari avance très vite (trop) vite. A la manière de Saw, on imaginait déjà le criminel continuer son petit jeu avec d’autres personnes dans d’autres volets de l’histoire, nous permettant d’en apprendre plus sur son histoire, son passé (c’est un unitaire donc l’histoire se termine). Enfin, c’est la fin qui nous « déçoit » un peu. Si on est prit jusqu’au bout et que la fin n’est pas forcément qu’une happy end, on aurait aimé quelque chose de bien plus sombre, comme le montage nous le suggère d’ailleurs beaucoup. Et l’on se dit que c’est la prochaine étape à franchir pour TF1. La chaîne propose déjà des histoires différentes, plus sombres, mais n’ose pas encore franchir le pas du final sombre avec un choix radical. On sait qu’elle en est capable, souvenons nous du final de la saison de Profilage où le personnage joué par Odile Vuillemin, prise dans une crise de schizophrénie, poignarde son partenaire. Mais ce n’est pas une fin d’histoire et donc la noirceur peut-être « rattrapée ».
Qu’importe finalement, cela ne retire en rien le plaisir passé devant les 90 minutes de Piégés.

TF1 démarre sa saison avec un unitaire très réussi dont l’écriture et la réalisation ciselées nous plongent au cœur d’un plan machiavélique qui nous interroge sur ce moment où l’on peut être amené à renoncer à une part de son humanité. Glaçant !